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  • Yves Avril

Charles Peguy


​Péguy mystique ?

Fiat lux, et lux fuit ; lux facta. Verumtamen non sicut ego, sed sicut tu. Fiat voluntas tua ; et voluntas ejus fuit ; voluntas facta. A cinquante siècles de distance, depuis avant Adam, jusqu’au nouvel Adam, jusqu’à ce nouvel Adam, selon le même rythme, selon la même formule, selon le même rythme secret, selon le même secret de rythme, le même rythme intérieur, comme un écho fidèle, au titre d’un écho fidèle cette même parole, cet écho retentit. Et à un intervalle de plus de cinquante siècles de distance le cri de la deuxième création répondit à la parole de la première création, de la création première ; écho fidèle, écho soumis, dans le même rythme, dans le même mouvement, dans la même phrase, à un intervalle de plus de cinquante siècles temporels de distance, dans la même éternité, dans le même rythme intérieur secret organique, dans le même rythme de la vie, à la distance, à l’intervalle de tout le premier règne, de toute la première loi, de toute l’ancienne loi, de tout le commandement, de tout le règne de l’ancienne loi la parole de soumission de la création du monde spirituel en toute fidélité répondait à la parole de commandement, à la parole de création de tout le monde, à la parole de la première, de la totale, de l’absolue création. Ainsi le veut la grammaire. Ce subjonctif répondait à ce subjonctif. Dieu à ces plus de cinquante siècles répondait à Dieu. Dieu soumis, Dieu fait homme répondait si je puis dire à (un) Dieu de plein exercice, à Dieu dans toute la grandeur et la majesté de sa création. (Un) dieu fait homme, (un) Dieu dans la détresse, et proprement dans la détresse de l’homme, répondait à (un) Dieu, à Dieu lui-même, au même Dieu dans tout le tremblement de sa première, dans la gloire et dans la neuve activité, dans (tout) le commencement de sa première création.

Ce texte fait partie d’un long essai commencé vers 1909 et qui n’a jamais été publié. Il devait s’intitulerDialogue de l’histoire et de l’âme charnelleet, en 1912, Péguy dira que ce sont ces réflexions qui l’ont mis sur le chemin du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, publié celui-ci en 1910. Je l’ai choisi pour deux raisons parce que pour ceux qui ne connaissent pas la prose de Péguy, c’en est un excellent exemple et aussi parce que ces réunions « Gemma » sont placés sous le signe de la mystique chrétienne et que cette page est une belle page du Péguy chrétien.

1897-1910 Jeanne d’Arc.

1898-1910 Affaire Dreyfus

1900-1914 Les Cahiers de la Quinzaine

1905 Notre patrie

1907-1908 Eddy Marix, désespoir, maladie, Blanche Raphaël« J’ai retrouvé la foi. Je suis catholique »

Charles Péguy est né à Orléans le 7 janvier 1873, fils unique d’un menuisier lui-même fils d’un vigneron. Désiré Péguy, le père meurt dix mois plus tard des suites d’une maladie contractée en 1870 pendant le siège de Parisoù il faisait partie des mobiles. La mère de Péguy, exerçant le métier de rempailleuse, acquiert une suffisante aisance, elle survivra à son fils, mort au combat à Villeroy, près de Meaux, dans les débuts de l’offensive de la Marne, le 5 septembre 1914. Il avait 41 ans et laissait trois enfants, etun fils posthume qui naîtra le 4 février 1915, 5 mois après la mort de son père.

Il fait des études brillantes à Orléans, remarqué par le directeur de l’école primaire qui lui fait continuer ses études au lycée. A Paris, il prépare l’Ecole normale supérieure au lycée Lakanal puis à Louis-le-Grand et au collège Sainte-Barbe et réussit le concours en 1894.

Ces années sont les années des premières et grandes amitiésqui demeureront, malgré les orages de diverses sortes, celles de sa vie en particulier celle de Marcel Baudoin, rencontré à Sainte-Barbe avec qui il prépare un grand drame : Jeanne d’Arc.L’Orléanais qui avait assisté aux commémorations de la délivrance de la ville, avait d’abord songé à écrire une vie de Jeanne ; Il s’aperçoit que pour pénétrer, ce qui l’intéressait surtout, la vie intérieure de Jeanne, c’est l’art, la littérature qui en était la meilleure approche. Il profite de la liberté de l’ENS pour aller à Domremy et à Vaucouleurs.

1896-1897, Péguy est à Orléans. Il travaille à sa Jeanne d’Arc et participe aux réunions socialistes. Il commence à publier des articles dans La revue socialiste. Son ami Marcel l’y rejoint pour son service militaire. Il contracte une maladie, une fièvre typhoïde dont il meurt. Péguy épouse sa sœur. Ils habitent Paris. Jeanne d’Arc,drame en trois pièces, est publiée sous les noms de Marcel et Pierre Baudouin à la librairie de La revue socialisteavec la dédicace

À toutes celles et à tous ceux qui auront vécu,

À toutes celles et à tous ceux qui seront morts

pour tâcher de porter remède au mal universel ;

En particulier,

À toutes celles et à tous ceux qui auront vécu

leur vie humaine,

À toutes celles et à tous ceux qui seront morts

de leur mort humaine,

pour tâcher de porter remède au mal universel

humain ;

Parmi eux,

À toutes celles et à tous ceux qui auront connu

le remède,

c’est-à-dire :

À toutes celles et à tous ceux qui auront vécu

leur vie humaine,

À toutes celles et à tous ceux qui seront morts

de leur mort humaine

pour l’établissement de la République socialiste

universelle,

Ce poème est dédié

Prenne à présent sa part de la dédicace qui voudra

Marcel et Pierre Baudouin

Sa Jeanne d’Arc ici est une Jeanne d’Arc socialiste, elle souffre du « mal universel », chrétienne, elle souffre de croire que certains seront damnés et, par conséquence, dans la souffrance pour l’éternité. Charles Péguy, athée, ne peut supporter cette pensée

« Je m’attaquerai donc à la foi chrétienne. Ce qui nous est le plus étranger en elle, et je dirai le mot, ce qui nous est le plus odieux, ce qui est barbare, ce à quoi nous ne consentirons jamais, ce qui a hanté les chrétiens les meilleurs, ce pour quoi les chrétiens les meilleurs se sont évadés, ou silencieusement détournés, mon maître, c’est cela : cette étrange combinaison de la vie et de la mort que nous nommons la damnation, cet étrange renforcement de la présence par l’absence et renforcement de tout par l’éternité [nous sommes solidaires des damnés éternels »

Il dit aussi, certainement avec une entière bonne foi mais sans savoir combien la chose était fausse, ce que le proche avenir lui prouvera :

Les treize ou quatorze siècles de christianisme introduit chez mes aïeux, les onze ou douze ans d’instruction et parfois d’éducation catholique sincèrement et fidèlement reçue ont passé sur moi sans laisser de traces(Toujours de la grippe I, 180)

Treize ans plus tard, c’est le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc.Entre 1900 et 1910, pas u mot sur Jeanne d’Arc dans les œuvres de Péguy. Entre ces mêmes dates, pas une œuvre poétique. Mais entre 1897 et 1910, il y a en 1908, cette phrase que les fidèles de Péguy connaissent bien : dans une lettre à son ami Joseph Lotte, il écrit : « Je ne t’ai pas tout dit…J’ai retrouvé la foi…Je suis catholique ». La revendication socialiste a cédé la place à la charité. Jeanne d’Arc qui coexiste avec Péguy, de façon latente, de pair avec la poésie. Révélation qui est due, je crois, à plusieurs faits apparemment sans rapports

D’abordl’Affaire Dreyfus.

En 1898, avec le J’Accuse de Zola, éclate l’Affaire Dreyfus. (1894-1906 quelques étapes) Cette « Immortelle affaire » « La France en état de péché mortel » existe en fait depuis 1894-1895. Péguy s’engage aux côtés de ses amis socialistes, Lucien Herr, Jaurès, Daniel Halévy et non socialistes, les frères Jérôme et Jean Tharaud, des juifs « le grand Bernard Lazare » qui est le premier à avoir publié un opuscule sur l’erreur judiciaire, Jules Isaac, auteur plus tard du fameux manuel d’histoire etc.

L’Affaire Dreyfus, c’est la seconde Jeanne d’Arc de Péguy

Péguy commence à recueillir les souscriptions pur un « Journal vrai »

Après les combats intellectuels et aussi les combats de rues des années 1898-1899, parfois violents entre dreyfusards et antidreyfusards ; après la cassation en 1899 de la condamnation de Dreyfus, son passage en Conseil de guerre à Rennes et sa nouvelle condamnation avec circonstances atténuantes suivie de sa grâce le 19 septembre,

Péguy fonde en 1900 lesCahiers de la Quinzaine : 229 numéros jusqu’à la mort du fondateur en 1914. Quelle est la première phrase du premier cahier de la première série du 5 janvier 1900, intitulé (souvenir de Pascal, ce qui est significatif) Lettre du provincial ?

Mon cher Péguy, Aussi longtemps que l’Affaire Dreyfus a duré, je me suis efforcé, à mes risques et périls, et surtout à mes frais, de rester à Paris. Nous sentions que cette crise était redoutable, nous savions qu’elle était en un sens décisive, et, autant que nous le pouvions, nous étions présents »

Les Cahiers de la Quinzainedoivent leur naissance à cette « immortelle affaire »

Et c’est à propos de cette Affaire qu’apparaît chez Péguy, je crois, pour la première fois, le mot « mystique », mais il faudra attendre 10 ans.

1903 « Reprise politique parlementaire » : Jaurès tente de « reprendre », c’est-à-dire de relancer l’Affaire. Péguy lui attribue des motifs non de justice mais de politique.

1910 : Daniel Halévy publie dans les Cahiers (XI, 10) Apologie pour notre passé. Péguy qui sent que dans ce texte s’exprime quelque regret et quelque honte d’avoir été ce qu’ils ont été, répond par Notre Jeunesse.Et je crois bien que c’est au livre de Daniel Halévy qu’il emprunte le mot « mystique » qui apparaît pour la première fois dans son œuvre et auquel il donnera tant de valeur et tant de sens

Il présente le cahier Notre jeunessela publication d’archives d’une famille républicaine les Milliet et c’est à ce propos qu’il écrit pour la première fois le mot « mystique » XI, 10 XI, 10 : Ce sont ces familles , presque toujours les mêmes familles, qui ont tissé l’histoire de de ce que les historiens nommeront le mouvement républicain et que nous nommerons résolument, qu’il faut nommer la publication de la mystique républicaine. L’Affaire Dreyfus aura été le dernier sursaut, le soubresaut suprême de cet héroïsme et de cette mystique, sursaut héroïque entre tous, elle aura été la dernière manifestation de cette race, le dernier effort, d’héroïsme, la dernière manifestation, la dernière publication de ces familles.

Mais voici qui marque un changement radical avec la profession d’athéisme que nous avons citée plus haut :

Mais il ne faisait aucun doute que pour nous la mystique dreyfusiste fut non seulement un cas particulier de la mystique chrétienne, mais qu’elle en fut un cas, éminent, une accélération, une crise, temporelle, une sorte d’exemple et de passage que je dirai nécessaire. […]Notre dreyfusisme était une religion, je prends le mot dans son sens le plus littéralement vrai, une poussée religieuse, une crise religieuse. […] J’ajoute que pour nous, chez nous, en nous, ce mouvement était d’essence chrétienne, d’origine chrétienne, qu’il poussait de souche chrétienne, qu’il coulait de l’antique source. Nous pouvons aujourd’hui nous rendre ce témoignage […] La Justice et la Vérité que nous avons tant aimées, à qui nous avons donné tout, notre jeunesse, tout, à qui nous nous sommes donnés tout entiers pendant tout le temps de notre jeunesse […] n’étaient point des justices et des vérités conceptuelles, intellectuelles […] elle étaient organiques, elles étaient chrétiennes, elles n’étaient nullement modernes, elles étaient éternelles et non point temporelles seulement, elles étaient des Justices et des Vérités, une Justice et une Vérité vivantes.

Qu’est-ce que la mystique ?

Dans cette grande première partie de l’affaire…Pour quelques fortunes, pour quelques ingratitudes que fussent en route les propagandes et les propagations, elles se propageaient de l’intérieur, elles venaient de l’intérieur, elles venaient d’elles-mêmes ; elles existaient ; par elles-mêmes ; la chaleur de vie et de conviction, le battement de cœur, l’ardeur de dévouement, de sacrifice et d’inquiétude, le principe d’action, la ferveur pieuse était intérieure.

Elle était notre force, à nous autres faibles, à nous autres pauvres. La mystique est la force invincible des faibles.

C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Cette phrase de Jean (Jn 6, 60) peut éclairer le sens que Péguy donne à la mystique : la mystique, c’est l’esprit qui fait vivre la chair, la politique, c’est la chair toute seule, œuvre de mort.

Cette mystique, républicaine ou/et chrétienne, est impitoyable, terriblement exigeante :

Les abonnés de ces cahiers… sont encore pour les deux tiers des anciens dreyfusards, des nouveaux dreyfusards, des dreyfusards perpétuels, des dreyfusards impénitents, des dreyfusards mystiques… qui ont sacrifié deux fois leur carrière, leur avenir, leur existence et leur pain : une première fois pour lutter contre leurs ennemis, une deuxième fois pour lutter contre leurs amis ; et combien est-ce plus difficile ; une première fois pour résister à la politique de leurs ennemis, une deuxième fois pour résister à la politique de leurs amis. Une première fois pour ne pas succomber à l’inimitié ; une deuxième fois pour ne pas succomber à la plus difficile amitié.

Ce qui la rapproche de plus difficile sainteté, celle de Jeanne qui « eut à être chrétienne et martyre et sainte contre des Français et contre des chrétiens » (Note conjointe)

Péguy a vécu les ruptures les plus éprouvantes

Silencieusement je pense à cette affaire où nous avons laissé les cadavres défigurés de quelques-unes des amitiés qui nous étaient les plus chères ; dans le désastre de nos espérances et dans le silence de cette retraite je me rappelle cette affaire qui pour nous pauvres gens brisait les familles comme paille, brisait comme un fétu nos plus chères amitiés de petites gens ; rien ne comptait plus ; moi-même j’avais des amis de ma toute première enfance, des amis éprouvés, de ces amis que rien ne peut remplacer, que nul ne peut imiter, car nul ami nouveau n’apportera plus la commune joie et la mémoire commune des mêmes regards d’enfance, la même vue et le même regard des mêmes paysages de Loire. Quelques-uns s’engagèrent dans la voie qui était selon nous la voie de la tentation ; et par la voie de la tentation la voie de la perdition éternelle ; je fis pour les arracher de cette voie de la tentation, qui était pour nous la voie de l’erreur et du crime, des efforts désespérés. Quand nos efforts demeuraient vains, quand nos passions amicales demeuraient frappées de stérilité, nous brisions. Nous rompions un parentage, une amitié de vingt ans, nous qui n’avions guère passé vingt-cinq ans, nous brisions avec une sorte d’ivresse farouche, d’amertume âpre, comme nous nous fussions rompu le bras droit. Si ta main te scandalise, coupe-là. Nous nous serions arrachés un frère.

Année 1905

CahierNotre Patrie ; Les Cahiers vont prendre peu à peu une autre orientation : le Péguy socialiste, sans abandonner cet engagement profond prend conscience de la menace de guerre (« coup de Tanger »). C’est à ce moment qu’on commence à parler d’un Péguy « nationaliste »

Notre Patrie commence par cette phrase : Ce fut une révélation. Quelques pages plus loin : Ce fut un saisissement. Puis : Ce fut un sursaut. Fait suite un développement sur la visite du roi d’Espagne à Paris, un magnifique sur Paris, une évocation de Hugo, puis, à deux pages de la fin du Cahier : Comment en l’espace d’un matin tout le monde, j’entends tout le monde ainsi dénombré, sut que la France était sous le coup d’une invasion allemande imminente […] Tout le monde, ainsi compté, tout le monde en même temps connut que la menace d’une invasion allemande est présente, qu’elle était là, que l’imminence était réelle.

1907-1908

C’est dans ces années qu’il confie à quelques-uns de ses proches : J’ai retrouvé la foi. Je suis catholique »

Ces années, on pourrait les appeler les années de crise, ou les années terribles : les cahiers ne marchent pas, certains abonnés le quittent, il n’en vient guère d’autres. Péguy songe çà les abandonner, à les confier à des amis qui se récusent.

Août : Un de ses plus chers amis, Eddy Marix, soutien des Cahiers, un fidèle parmi les fidèles, avec qui on ne voit pas l’ombre d’une brouille, meurt. Il lui dédiera Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (Non seulement à la mémoire mais à l’intention de notre ami et de notre frère Eddy Marix)

Septembre : Il tombe gravement malade : une jaunisse qui dure et l’abat.

C’est à ce moment qu’il écrit à un de ses proches : Si tu apprends que nous nous sommes suicidés tous les sept[1], tu en auras regret éternellement, c’est pourtant la tentation contre laquelle je me défends avec un succès de jour en jour diminué.

Ce sont les années de passion, qui dureront jusqu’à la fin, pour Blanche Raphaël, sœur de l’un des collaborateurs des Cahiers, passion contre laquelle il combattra, qui le fera immensément souffrir(Voir les quatrains de la Ballade du cœur qui a tant battu), Il écrira encore en 1911 : J’étais dans un tel état qu’il faut serrer les poings pour ne pas graver un nom dans une écorce d’arbre (1911)

Cette passion, non vaincue, mais dominée il l’évoque dans La Prière de Confidence, troisième des « Quatre prières dans la cathédrale de Chartres » de la Tapisserie de Notre Dame

Quand il fallut s’asseoir à la croix des deux routes

Et choisir le regret d’avec le remords,

Quand il fallut s’asseoir au coin des doubles sorts

Et fixer le regard sur la clef des deux voûtes,

Vous seule vous savez, maîtresse du secret,

Que l’un des deux chemins allait en contre-bas,

Vous connaissez celui que choisirent nos pas,

Comme on choisit un cèdre et le bois d’un coffret

Et non point par vertu car nous n’en avons guère,

Et non point par devoir car nous ne l’aimons pas,

Mais comme un charpentier s’arme de son compas,

Par besoin de nous mettre au centre de misère

Et pour bien nous placer dans l’axe de détresse,

Et par ce besoin sourd d’être plus malheureux,

Et d’aller au plus dur et de souffrir plus creux,

Et de prendre le mal dans sa pleine justesse ;

Par ce vieux tour de main, par cette même adresse,

Qui ne servira plus à courir le bonheur,

Puissions-nous, ô régente, au moins tenir l’honneur,

Et lui garder lui seul notre pauvre tendresse.

Les années 1910-1914 sont les années de fécondité poétique, Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, Le Porche du Mystère de la deuxième vertu, Le Mystère des saints innocents,La Tapisserie de Notre Dame, La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, les mille quadrains de La Ballade du cœur qui a tant battuet les mille neuf cent onze quatrains d’Eve.

Péguy mystique ?

L’Affaire et la fréquentation de juifs pratiquants ou non, sa méditation permanente, obstinée de l’histoire (Jérusalem, Athènes, Rome), la découverte, mainte fois réassumée, qu’il est impossible et même impie de renier ses racines, l’ont fait revenir, au bout d’un long chemin, à la foi. Il a profondément réfléchi sur le mystère d’Israël, la continuité historique et spirituelle non tellement du judaïsme mais de l’Ancien Testament avec l’Evangile du Christ. La grave crise multiple des années 1907-1908 aboutit littérairement et spirituellement à un retour à Jeanne d’Arc (une ou deux mentions seulement dans son œuvre entre 1897 et 1910) et en même temps à la poésie, disparue depuis 1897 à part La Chanson du roi Dagobert, pamphlet contre Jaurès, en 1903).

Affaire Dreyfus : quelques dates

1894condamnation

1895 : dégradé, janvier : île du Diable

Eté 1895Bernard Lazare : note (Mathieu)

6 novembre 1896 : B.- L. : Une erreur judiciaire (Belgique)

1896 : Picquart

1897Clemenceau, Bernard Lazare,L’Aurore ; Joseph Reinach Le Siècle

1898Esterhazy acquitté / Zola : » J’accuse »

1898 : faux Henry

Septembre 1898

Agitation de droite : antisémite/ antiallemand, Ligue de la Patrie française, La Croix

Agitation de gauche : antimilitariste/ anticlérical, Ligue des Droits de l’Homme

Juin 1899Cour de cassation renvoie D. devant Conseil de guerre

Retour de Dreyfus

Sept. 1899condamné avec circonstances atténuantes à 10 ans

Gracié par Emile Loubet

Décembre 1900 : loi d’amnistie pour tous ceux qui ont été impliqués judiciairement dans l’Affaire

Novembre 1903 : demande révision (« reprise politique parlementaire »

12 juillet 1906 : annulation et réhabilitation

[1] Chez Péguy vivaient sa femme, ses trois enfants, sa belle-mère et son beau-frère.


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