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Sainte Thérèse d'Avila

12/10/2016

 

Sainte Thérèse d’Avila et sa conception de l’amour

 

 « On ne peut pas parler, disait Patrick de Laubier, d’un progrès d’Augustin à Thérèse en passant par Catherine et les autres grands mystiques. Chacun apporte son trésor au service de l’Eglise. Ce qui change en revanche, c’est l’écho que produisent ces enseignements et une tâche très importante consiste à les faire connaître. (…). En ce XXIe siècle annoncé comme métaphysique et religieux, la mystique a une place à prendre qu’il faut lui donner sinon c’est ailleurs que beaucoup chercheront ce que les pasteurs catholiques ne pourront ou ne voudront pas offrir ». [1]

 

Qui est-ce Thérèse d’Avila ? Bref profil biographique [2]

 

Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), réformatrice du Carmel, première femme docteur de l’Eglise avec sainte Catherine de Sienne, est l’une des figures mystiques les plus influentes de ces derniers siècles.

Thérèse d’Ahumada et de Cepeda est née à Avila en 1515, au sein d’une famille profondément chrétienne, économiquement aisée et appartenant à une certaine noblesse. Son ascendance juive, dont on a beaucoup parlé, se rattache à son grand-père paternel, riche commerçant juif converti au christianisme. Ses autres trois grands-parents appartenaient à des vielles familles chrétiennes. Elle a eu neuf frères et deux sœurs. Ils sont tous parvenus à l’âge adulte. Sept de ses frères ont traversé l’Atlantique pour se joindre à l’aventure du nouveau monde. Depuis sa naissance, elle vivra activement les événements de son temps.

 

Elle était intelligente, vive, affectueuse, passionnée, pleine de charme, très sociable, entraînante. Elle était très aimée et tout semblait lui sourire, jusqu’au moment où elle perd sa mère à l’âge de 13 ans. Ce vide la laisse désemparée devant les assauts qui se préparent. La coquetterie s’éveille : elle commence à porter des parures et ne dédaigne pas d’attirer les regards. Plusieurs cousins la fréquentent et lui portent beaucoup d’intérêt ».

Son père, soucieux de la réputation de sa fille, la met pensionnaire chez les augustines de la ville, en juillet 1531. En 1532, elle rentre malade au foyer familial. L’idée de devenir religieuse s’impose petit à petit.

 

L’histoire de sa vocation est bien connue : après un combat intérieur important, à l’âge de 20 ans, elle a décidé, contre la volonté de son père, de devenir carmélite. Elle a dû faire face à de nombreuses difficultés : physiques (la maladie a failli l’emporter très rapidement. Elle a attribué sa guérison à Saint Joseph) et spirituelles. A partir du moment de sa guérison en 1542 commence pour elle une longue période d’apathie spirituelle, ou plus exactement une période où elle se sent tiraillée entre le désir du monde et le désir de Dieu. La clôture n’est pas stricte et ne défend point les longues conversations au parloir. Les gentilshommes d’Avila sont attirés par ses dons brillants : sous prétexte d’entretiens spirituels, ils prolongent et multiplient leurs visites.

 

Tant qu’elle ne prend pas la décision de chercher uniquement Dieu, sa vie a été, selon son propre aveu, « des plus pénibles (...). Je voulais, ce semble, concilier ces deux contraires, si ennemis l’un de l’autre, la vie spirituelle et ses consolations avec les jouissances et les passe-temps d’une vie sensuelle. J’endurais un vrai tourment dans l’oraison. L’esprit n’était pas maître, mais esclave »[3].

 

L’heure de l’élection sonne : la sainteté ou la médiocrité. Notre Seigneur se fait plus pressant. Après des années d’hésitations, de bons désirs et de faiblesses, Thérèse se rend. Elle a quarante ans. Elle s’engage avec fermeté et ne s’arrêtera plus. Les grâces mystiques font irruption dans sa vie, l’extase la saisit même en public.

 

En 1559, une vision de l’enfer la bouleverse, fait surgir en elle la soif des âmes et accentue sa volonté d’une perfection plus haute. Notre Seigneur intervient et lui dit de travailler à la réforme du Carmel qui est inaugurée le 24 août 1562 et qui s’étendra par la suite aux hommes. Saint Jean de la Croix sera l’une de ses premières recrues.

 

Son œuvre de fondatrice est immense, au milieu de grandes difficultés qui ne la rendent jamais critique ou amère. Sa réaction est toujours pleine d’humilité et de courage, manifestant un amour sans faille pour l’Eglise. Au milieu de ces épreuves, elle écrit toutes ses œuvres : Vie et Relations spirituelles, Chemin de la Perfection, le Château de l’âme ou livre des Demeures, Fondations, Lettres, poésies, œuvres mineures.

 

Elle meurt le 4 octobre 1582, à l’âge de 67 ans.

 

Elle est béatifiée en 1614 et canonisée en 1622 par Grégoire XV qui recommandait la doctrine contenue dans ses écrits. Ceux-ci se répandirent rapidement dans tout l’Occident.

Paul VI la nomme docteur de l’Eglise en 1970.

 

Introduction

 

L’œuvre et la vie de sainte Thérèse ne sont en quelque sorte que l’histoire de son amour de Dieu, avec des conséquences évidentes sur les autres.

 

Thérèse, qui a été si séduite dans sa jeunesse par les romans de chevalerie, a laissé à la postérité des romans d’amour, bien plus passionnants encore, entre Dieu et elle. Ses écrits, rédigés à la première personne, nous introduisent dans une aventure passionnante réellement vécue, montrant à la fois l’action de Dieu dans son âme et sa réponse, avec des dialogues débordants de tendresse, de simplicité et d’humour. Sa relation avec Dieu a enflammé et transformé son âme et celle d’innombrables personnes à travers les siècles. Et cela parce que l’histoire de la sainte d’Avila, dans sa singularité, comporte un message universel.[4]

 

Elle nous raconte ses expériences humaines et divines avec un langage populaire, dépourvu de tout bagage érudit ou savant, ce qui a contribué à rendre son œuvre plus accessible que celle d’autres mystiques.

                         

S’il est vrai, comme nous le suggère Patrick de Laubier, que tout chrétien est appelé à la mystique[5], c’est-à-dire à l’union amoureuse avec Dieu, seulement certains reçoivent le cadeau d’une expérience exceptionnelle de la présence de Dieu dans leur âme. Mais ce don, véritable avant-goût du Ciel, est offert à travers eux à toute l’Eglise. Thérèse éprouve de manière extraordinaire ce que nous sommes tous appelés à éprouver par des voies ordinaires : cet amour infini de Dieu dont nous serons comblés en plénitude au Ciel : « Dieu (…)  veut montrer l’amour qu’Il nous porte ; il fait comprendre à certaines âmes jusqu’où va cet amour, et nous porte par là à chanter ses grandeurs. Car Il s’unit d’une façon tellement intime à sa créature, que, suivant l’exemple de ceux qui sur la terre sont unis pour toujours, Il ne veut plus se séparer d’elle. »[6]

 

Toute la vie mystique n’est autre chose qu’un processus de croissance de l’amour qui aboutit à la divinisation de l’homme, car l’amour, comme le dit saint Jean de la Croix, « établit la ressemblance entre celui qui aime et l’objet aimé »[7]. Cependant l’union avec Dieu ne conduit pas à une sorte de panthéisme, de fusion avec la Divinité, où la personnalité humaine s’évanouirait en quelque sorte, abîmée dans la Divinité.

 

La relation de Thérèse avec Dieu procède d’un Dieu personnel et a lieu au centre de la personne : elle est essentiellement personnalisante. Thérèse nous montre que c’est seulement dans le don amoureux au Christ que l’homme trouve son identité profonde et sa pleine réalisation. L’union de l’homme avec Dieu est une union amoureuse qui respecte et réclame l’altérité :

 

« Le rien vous l’unissez à l’être infini

Et, sans le faire disparaître, vous le transformez,

Ne trouvant rien en lui qui soit digne de votre amour, vous l’aimez,

Par vous, notre néant devient grandeur »[8]

 

I. La révélation de l’amour de Dieu à sainte Thérèse.

 

1. De la crainte servile à l’amour : enfance et entrée en religion.

 

Depuis l’époque de son enfance jusqu’à sa rentrée en religion, Thérèse avoue avoir été guidée davantage par une crainte servile de Dieu que par l’amour, qu’elle découvrira plus tard.

 

Ainsi en évoquant l’épisode de la fugue avec son frère Rodrigo au pays des Maures « ce qui me guidait, disait-elle, ce n’était pas un amour de Dieu dont j’eusse conscience, mais le désir d’aller promptement au ciel pour y jouir de ces délices ineffables dont nos livres nous entretenaient »[9]

 

Quant à sa décision concernant sa vocation, « ce qui me déterminait, ce semble, à embrasser la vie religieuse, écrit-elle, c’était plutôt la crainte servile que l’amour de Dieu. » [10] 

 

2. Dieu qui cherche l’amour de Thérèse. Irruption de grâces, pardon et appels répétés durant vingt ans.

 

Mais dès qu’elle est rentrée au couvent, et comme récompense de son courage, elle affirme que « Dieu changea la sécheresse où était mon âme en l’amour le plus tendre pour lui »[11] 

 

Sa santé ne tarde pas à être ébranlée par « le changement de vie et de nourriture ». Une maladie étrange se déclare qui la conduit aux portes de la mort. Après sa guérison, qu’elle attribue à l’intercession de saint Joseph, s’ouvre pour elle une longue période d’infidélités. En effet, la clôture n’étant pas stricte, elle s’adonne à de longues conversations au parloir avec des gentilshommes venus lui rendre visite, sous prétexte d’entretiens spirituels. « Je commençais, dit-elle, à aller de passe-temps en passe-temps, de vanité en vanité, d’occasion en occasion »[12]  

 

Mais le Christ vient à sa rencontre. Il « se représenta à moi sous un visage sévère et me montra combien il était mécontent de ces conversations » [13]. Thérèse, forte de son expérience, nous rappelle qu’Il cherche « mille moyens, mille voies, mille inventions pour nous montrer l’amour qu’Elle nous porte. Et nous, si peu exercés à vous aimer, nous en faisons peu de cas »[14]      

 

O Seigneur de mon âme, comment pourrais-je exalter les faveurs que vous m’avez accordées durant ces années, et l’empressement que, dans le temps où je vous offensais le plus, vous avez mis à me disposer, par une douleur extrême de mes fautes, à gouter vos caresses et vos bienfaits !   Je le confesse, ô mon Roi, vous me donniez le châtiment le plus délicat et le plus cruel qu’il eut pour mon âme, et vous saviez bien qu’il en serait ainsi. C’est par des faveurs insignes que vous me punissiez de mes fautes. (…) Me voir comblée de nouveaux bienfaits quand je répondais si mal à ceux que j’avais déjà reçus, c’était pour moi une sorte de tourment terrible »[15]

 

3. L’importance de la prière : la rencontre personnelle avec le Christ.

 

- « Je passai près de vingt temps dans cette mer orageuse »[16], dit-elle, évoquant ces années de tiédeur et de manque de décision pour quitter ses mauvaises habitudes. Elle sentait son âme captive au point d’abandonner la prière pendant plus d’un an [17].  Elle considère que c’est la pire des tentations. Le démon « sait bien, le traitre, qu’une âme qui persévère dans l’oraison est perdue pour lui »[18]

 

-Le remède pour vaincre : l’oraison[19]     

 

 « Très souvent pendant plusieurs années, j’étais beaucoup plus préoccupée du désir de voir s’achever l’heure d’oraison et d’entendre le coup de l’horloge, que d’autres pensées vraiment utiles. Souvent aussi il m’eut été moins dur de subir les pénitences les plus rigoureuses que de me recueillir pour faire oraison (…) Une telle tristesse s’emparait de moi, en entrant à l’oratoire, que pour me surmonter j’avais besoin de tout mon courage, qui, dit-on, n’est pas petit »[20]    

 

« Malgré les fautes où tombe celui qui débute dans la voie de l’oraison, il ne doit jamais l’abandonner. L’oraison est le moyen qui lui servira à se relever. (…), car « l’oraison mentale n’est, à mon avis, qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. »[21]  

 

Pour y arriver, le recueillement est essentiel car il nous permet de rentrer à l’intérieur de notre âme, qu’elle compare à « un château qui (…) contient beaucoup d’appartements, ainsi que le ciel qui renferme beaucoup de demeures. »[22] Dieu s’y trouve au centre, dans la demeure principale.

 

C’est dans le dialogue de la prière que l’homme apprend à aimer Dieu. « Ce fut une grande chose pour moi que d’avoir reçu de Dieu le don de l’oraison : elle me faisait comprendre ce que c’est que de L’aimer Lui-même. »[23]      

-Mais elle découvre une difficulté : « pour que l’amour soit vrai et l’amitié durable, il faut la parité de conditions » [24] Que faire alors pour surmonter un tel obstacle ? C’est Dieu et lui seul qui peut l’aplanir, en se donnant le premier et en nous donnant son propre amour afin que nous l’aimions :  C’est lui, dit sainte Thérèse, qui a commencé « cette guerre d’amour » [25], car « Dieu nous a donné l’être, il nous a tiré du néant. Il nous conserve l’existence, et bien longtemps avant de nous créer, Il a préparé pour chacun de ceux qui existent actuellement tous les autres bienfaits de ses souffrances et de sa mort ».[26]  Dieu ne se contente donc pas de nous combler de ses dons. Il se donne lui-même à nous de plusieurs manières. Il nous envoie son Fils qui guérit notre nature, et dont l’Humanité est pour nous, d’après Thérèse, le chemin par excellence pour parvenir à la Divinité. Il nous donne le Saint Esprit, c’est-à-dire son propre amour, pour que nous puissions l’aimer. Dès lors le problème de la disparité de conditions n’en est plus un, par le simple fait que Dieu vient à notre rencontre, en nous divinisant.

-Thérèse nous invite à persévérer dans la prière, malgré toutes les difficultés que l’on puisse rencontrer, car « je dirai seulement que ces faveurs insignes dont le Seigneur m’a comblé, ne viennent que par l’oraison. Cette porte une fois fermée, je ne sais pas comment il nous les accorderait ; car s’il veut prendre ses délices dans une âme et la combler de ses consolations, il n’y a qu’un moyen : il faut que l’âme soit seule, pure et désireuse de la recevoir. Si nous mettons une foule d’obstacles à sa venue, et si nous négligeons absolument de les faire disparaître, comment viendra-t-il à nous ? Comment voulons-nous alors qu’Il nous fasse de grands dons ? » [27]    

 

« A coup sûr, quand il n’y aurait pas d’autre profit dans cette voie d’oraison que celui de nous rendre compte du soin particulier que Dieu montre pour se communiquer à nous, et nous supplier (car Il ne fait pas autre chose, ce me semble) de lui tenir compagnie, je considérerais comme bien employés tous les travaux que l’on pourrait endurer pour jouir de ces touches de son amour si suaves et si pénétrantes ».[28]      

 

4. Dieu est proche : l’amour de Dieu se rend visible en Jésus-Christ. Conversion de sainte Thérèse devant une statue d’un Christ souffrant.

 

La vue d’une statue du Christ couvert de plaies [29] est le moyen décisif qui conduit Thérèse à la conversion : « une telle douleur s’empara de moi, en considérant combien j’avais mal répondu à l’amour que supposaient de telles plaies, que mon cœur semblait se briser ». Elle demande la force de ne plus l’offenser.

 

En voyant ce qu’est l’amour de Dieu, la manière dont il se manifeste à l’homme, Thérèse comprend que tout amour humain n’est qu’un pâle reflet de cet amour. De manière pédagogique, Dieu lui montre son amour pour qu’elle apprenne à aimer. Il fait son éducation affective et sentimentale. Il n’épargne ni paroles, ni gestes, ni actes pour montrer son amour.

 

« Mais, ô Seigneur du ciel et de la terre, est-il bien vrai que, même dès cette vie mortelle, on puisse jouir de vous dans une amitié si intime ? Oh ! Comme le saint Esprit le dit clairement par les paroles du livre des Cantiques ! Et cependant nous ne voulons pas le comprendre. Ne nous révèlent-elles pas les délices que vous réservez aux âmes ? Quelles caresses ! Quelle suavité ! Une seule de ces paroles devrait suffire pour nous transformer en vous ! (…) Par combien de voies, de manières, ou de modes divers ne nous montrez-vous pas votre amour ? »[30]

 

Voilà pourquoi Thérèse s’étonne en constatant la surprise avec laquelle nous accueillons, par exemple, les paroles du Cantique des cantiques.

 « Mais mon Dieu qu’est-ce qui nous effraie dans ces paroles ? Ne faudrait-il pas plutôt admirer l’œuvre elle-même ? Est-ce que nous ne nous approchons pas du très saint Sacrement »[31], où Dieu se donne à nous comme aliment avec son corps, son sang, son âme et sa divinité ?

Et elle ajoute : « Si vous entendez des paroles de tendresse sur les rapports intimes de Dieu avec l’âme, ne vous en étonnez pas. L’amour que Dieu a eu, et a pour nous malgré notre faiblesse, m’étonne bien davantage et me jette dans le ravissement. A la vue de cet amour, je comprends que les paroles dont Dieu se sert pour nous le montrer ne sont point exagérées : ses œuvres nous en manifestent davantage encore »[32]

 

-L’amour de Dieu, évitant les occasions dangereuses, renaît dans le cœur de Thérèse. « L’amour qu’il me portait me donnait du courage ; et, si j’ai désespéré très souvent de moi-même, je n’ai jamais perdu confiance en sa miséricorde »[33]    

 

5. Ste Thérèse a réfléchi sur la nature de l’amour.

« Il me semblait bien que je l’aimais. Toutefois, je ne comprenais pas, comme je l’aurais dû, ce que c’est que d’aimer véritablement son Dieu »[34]   

Elle s’attaque à un faux mysticisme pour qui l’amour de Dieu serait synonyme de consolations, de jouissance et de quiétude. Or sainte Thérèse ne condamne pas ces sentiments-là, mais elle les distingue clairement de l’amour, car ils en sont les effets. Il ne faut pas confondre la cause et les effets.

En soulignant cela, elle met en relief ce qui est l’essentiel de l’amour, à savoir le don, et plus particulièrement le don de soi, de la propre volonté. « Car la véritable union peut très bien s’obtenir, avec l’aide de Notre-Seigneur, quand nous nous efforçons dans ce but de n’avoir plus de volonté propre et de nous attacher à tout ce qui est exigé par la volonté de Dieu »[35] « Non, l’amour ne consiste pas à rependre des larmes, ni à goûter ces douceurs et ces tendresses que l’on désire ordinairement pour y trouver de la consolation. Il consiste à servir Dieu dans l’humilité. Sans cela, nous semblerions recevoir toujours et ne rien donner » [36]  Et elle insiste : « Peut-être ne savons-nous pas ce que c’est qu’aimer, et je ne m’en étonnerais pas beaucoup. Celui qui aime le plus n’est pas celui qui a le plus de consolations, mais celui qui est résolu à contenter Dieu en tout, à faire son possible pour ne Le point offenser, à Le prier toujours pour l’honneur et la gloire de son Fils, ainsi que pour l’exaltation de l’Eglise catholique. Telles sont les marques de l’amour. »[37]       

En définitive, comme elle le rappelle à maintes reprises, la plus haute perfection, synonyme du plus grand amour de Dieu, consiste à rendre sa volonté conforme à celle de Dieu. « Tout notre bien consiste à nous conformer à la volonté de Dieu »[38]     

L’amour comme don constitue l’essence ultime de la mystique thérésienne.[39] Sainte Thérèse avertit très clairement ses lecteurs que « si l’on veut réaliser de sérieux progrès dans cette voie et parvenir aux demeures que nous désirons, l’important n’est pas de penser beaucoup, mais d’aimer beaucoup. Faites donc ce qui stimulera davantage en vous l’amour ». [40]  Elle insiste à plusieurs reprises sur ce point : « Le progrès de l’âme ne consiste pas à penser beaucoup, mais à aimer beaucoup »[41]      

Elle voit que toutes les personnes ne sont pas « aptes par leur nature » à méditer sans cesse les œuvres de Dieu, « tandis que toutes les âmes sont capables d’aimer »[42]    

 

Ste Thérèse s’est parfaitement rendu compte qu’un minimum de connaissance est requis pour que l’amour pour quelqu’un puisse s’éveiller, tout comme le fait qu’il grandit au fur et à mesure que la connaissance s’approfondit.[43] Il faut cependant bien comprendre ces textes, car non seulement Thérèse a une haute considération de l’intelligence et de la science, mais en outre elle se rend compte que plus elle aime Dieu, plus elle le connaît. Mais c’est Dieu qui se fait connaître et qui lui donne une sagesse supérieure. Elle veut souligner le fait que la sainteté n’est pas le fruit de nos simples réflexions et de nos raisonnements.

 

L’amour, comme don de soi, est aussi l’ouverture essentielle qui le fait sortir de la clôture intérieure. Voilà pourquoi le dialogue de l’oraison (et le dialogue est amour) est un exercice de liberté. C’est le sens de ce texte thérésien : « Les âmes qui ne font pas oraison (…) sont comme un corps paralysé, qui a des pieds et des mains, mais qui ne peut s’en servir »[44].  La prière libère profondément l’homme.

6. Expérience extraordinaire de l’amour de Dieu à travers les grâces mystiques. Itinéraire vers le mariage mystique.

 

A partir de sa conversion, les faveurs commencent à être de plus en plus grandes.[45] Sainte Thérèse a décrit avec force détails les divers modes d’action extraordinaire de Dieu dans son âme. Cette action se présente « comme une emprise de Dieu qui s’étend sur les facultés, les rendant progressivement incapables de prendre, dans l’acte de la contemplation, l’initiative de leur propre exercice. Cet envahissement surnaturel se manifeste à la conscience sous la forme d’un mouvement qui part du centre de l’âme (…) pour gagner la volonté, puis l’intelligence et la mémoire, et atteindre ensuite ces mêmes facultés à une profondeur de plus en plus grande, de sorte que l’âme parvient au sentiment de la passivité complète avec les oraisons supérieures. C’est en parcourant les dernières demeures (VIème et VIIème) que l’absorption des facultés prend le caractère nuptial qui domine la mystique thérésienne »[46]    

 

Il est frappant de constater que sainte Thérèse, comme d’autres mystiques, a recours aux expressions qui désignent la sensation pour décrire l’expérience immédiate qu’elle a de Dieu. Elle parle du toucher, du goût, de l’odorat, avant de décrire les visions et les locutions. Les sens spirituels font irruption à partir de ce qu’elle appelle « sa première oraison surnaturelle », c’est-à-dire au commencement des faveurs mystiques.

Le terme sens spirituel montre bien que la connaissance mystique est une connaissance immédiate et concrète.

 

Voici l’itinéraire suivi par sainte Thérèse pour parvenir au mariage spirituel, sommet de son union avec Dieu :

 

-le recueillement surnaturel[47] : Dieu fait entrer l’âme dans un profond recueillement intérieur, qui la dispose aux faveurs ultérieures. « Elle ne perd pas, néanmoins, l’usage de ses sens et de ses facultés, dont la puissance demeure entière, mais dont les dispositions sont de s’employer pour Dieu »[48]

 

-la prière de quiétude : dans ses œuvres [49],  notre auteur a largement décrit cette prière qui prend elle-même des formes diverses selon l’action de Dieu dans l’âme. Dieu met les facultés dans le repos, et, « sans le moindre secours des sens extérieurs, elle (Thérèse) sent alors qu’elle est tout près de son Dieu, et que, pour peu qu’elle s’en approchât davantage, elle deviendrait par l’union une même chose avec Lui »[50].

Dans la première oraison de quiétude décrite, seule la volonté est unie à Dieu. L’entendement et la mémoire sont libres. Dans la deuxième, seule la mémoire reste libre, alors que l’entendement et la volonté sont unis à Dieu. Toutes les puissances ne sont donc pas unies à Dieu durant cette prière. Ce sont des moments très brefs.

 

-l’oraison proprement mystique : oraison d’union, fiançailles spirituelles, mariage spirituel.[51]   Dans l’oraison d’union, l’âme entre dans la voie unitive et proprement mystique. A partir de là, sainte Thérèse compare ces trois degrés, ou stades des progrès de l’âme, aux diverses étapes d’un mariage : les premières entrevues qui permettent de faire connaissance, puis les fiançailles et enfin le mariage.

 

*L’oraison d’union est cette entrevue entre l’âme et Dieu, son futur Epoux. Elle est de très courte durée. « L’Epoux, étant si parfait, a voulu qu’elle fût rendue par cette seule vue plus digne de Lui donner sa main, comme on dit »[52]   

  

*Le temps des fiançailles est la période des désirs enflammés.  C’est la demeure de grandes épreuves intérieures et extérieures qui purifient l’âme, la préparant à l’union définitive. C’est là qui ont lieu les extases.

 

*Dans le mariage spirituel, Dieu « s’unit d’une façon tellement intime à sa créature, que, suivant l’exemple de ceux qui sur la terre sont unis pour toujours, Il ne veut plus se séparer d’elle. Les fiançailles spirituelles sont toutes différentes. Une fois qu’elles sont célébrées, il y a souvent séparation. L’union aussi est différente, car bien que l’union soit la jonction de deux choses en une seule, ces deux choses peuvent se séparer et subsister chacune de son côté ; on voit ordinairement en effet que cette faveur de l’union que Notre-Seigneur accorde passe promptement, et que l’âme reste ensuite privée de cette compagnie ; du moins dis-je, elle ne la sent pas. Dans cette autre faveur ou mariage spirituel, il n’en est pas de même. L’âme demeure toujours avec Dieu dans ce centre dont nous avons parlé »[53]      

 

II. Réponse de Thérèse : de la résistance à l’accueil et au don

 

1.L’amour comme réponse : grâce et liberté. Dieu se donne à celui qui se donne. Il prend ce qu’on lui donne. Il respecte notre liberté.

 

Dans cette relation d’amour, l’initiative de l’homme est avant tout une réponse. Voilà pourquoi on commence à aimer Dieu en méditant sur ce qu’on lui doit, car « si nous ne savons ce que nous recevons, nous ne nous stimulons pas à aimer » [54]     

 

L’amour est un don. Mais nous pouvons l’accueillir ou non. Cela met en relief l’importance de notre liberté et de nos dispositions. Dieu ne s’impose pas à nous. Voilà pourquoi l’amour de Dieu s’est toujours présenté aux yeux des mystiques comme un cadeau de Dieu lui-même, certes, mais aussi comme une conquête. Seul celui qui cherche Dieu, c’est-à-dire celui qui le désire, peut le trouver. D’après sainte Thérèse, « il est très dangereux de ralentir nos désirs »,[55] car alors nous n’arriverions jamais au but recherché : la sainteté, l’amour de Dieu. Si les saints, dit-elle, « n’avaient jamais conçu de tels désirs et ne les avaient mis peu à peu à exécution, ils ne seraient point parvenus à un si haut état ».[56]

 

Pour les mystiques, chaque personne est enracinée dans ses désirs qui doivent les conduire vers une aventure perpétuelle et unique d’amour et de transformation en Dieu. Toute l’œuvre de sainte Thérèse est parcourue par ces grandes aspirations, car elles sont évidemment le « moteur » qui met l’âme en marche vers Dieu. Voilà pourquoi elle avertit ses lecteurs, en leur disant qu’il ne faut pas laisser l’âme « se recroqueviller dans un coin » (...), car ne pas tendre vers Dieu, vers la sainteté est pour elle « une chose déplorable (...). Voir diminuer tant soit peu l’estime qu’on a de nous, cela ne se souffre point, ne doit pas même se souffrir (...). Dieu nous préserve de dire (...) lorsque nous ferons quelque chose d’imparfait : nous ne sommes pas des anges, nous ne sommes pas des saintes. Bien que nous ne le soyons pas, considérez quel avantage il y a à penser que nous pourrions le devenir avec l’aide de Dieu, si nous nous y appliquions ». [57]    

 

Et cela demande un travail, un effort (ascèse) afin de se disposer à l’union avec Dieu. La lutte pour acquérir les vertus, pour se détacher de soi-même et pour se rendre disponible à Dieu à travers la prière, est indispensable. « Si nous mettons une foule d’obstacles à sa venue, (…) comment viendra-t-il à nous ?[58]. Et cet effort doit être maintenu à tous les moments du cheminement spirituel. Même lorsqu’on parvient au pur amour, c’est-à-dire à l’abandon total entre les bras de Dieu, l’âme doit être toujours vigilante[59]. 

 

« Ce véritable amour de Dieu apporte avec lui tous les biens, dès lors qu’on arrive à le posséder avec perfection. Mais nous nous estimons à un si haut prix ! Nous sommes si lents à faire à Dieu le don absolu de nous-mêmes que nous n’en finissons plus de nous préparer à cette  grâce." [60]

 

2. L’amour comme combat et conquête. Détermination. Importance des dispositions pour parvenir à l’amour de Dieu : acquisition des vertus.

 

La vie de l’homme devient ainsi dans l’œuvre thérésienne, un grand roman de chevalerie : l’homme, soldat intrépide et courageux, doit conquérir l’amour de Dieu. Pour ce faire, il aura à combattre de façon héroïque contre tous les obstacles intérieurs et extérieurs qui voudraient lui barrer la route. Le but est d’autant plus ambitieux qu’il ne s’agit pas d’obtenir une victoire pour soi-même, mais d’amener si possible l’humanité tout entière au port du salut.

 

D’où l’importance d’un acte de détermination « bien déterminée » : « Il est pour eux d’une importance extrême, et même capitale, de prendre la résolution ferme et énergique de ne point cesser de marcher qu’ils ne soient arrivés à la source de vie. Ainsi donc, qu’ils avancent malgré toutes les difficultés, malgré tous les obstacles, malgré tous les travaux et malgré tous les murmures ; que leur ambition soit d’atteindre le but. Qu’ils meurent plutôt sur le chemin qui y conduit, que de manquer de courage pour supporter les épreuves de la route, dût le monde tout entier s’abîmer avec eux ! » [61] 

 

Cette lutte requiert par conséquent, et au plus haut degré, la vertu propre au soldat, à savoir le courage.

 « C’est un grand effet de la miséricorde de Dieu que de donner à une âme la grâce et le courage de se décider à poursuivre énergiquement la conquête d’un si haut bienfait (l’amour de Dieu). Aussi qu’elle persévère. Dieu ne se refuse à personne. Il donnera peu à peu plus de vigueur à son courage et lui fera enfin remporter la victoire. Je parle de courage, car, dès le début, le démon lui suscitera une foule d’entraves pour lui barrer entièrement l’entrée de ce chemin. Il sait quelles pertes il y subit, et que ce n’est pas seulement une âme, mais un grand nombre d’âmes qui lui échappent. Je crois, en effet, que celui qui commence, avec le secours de Dieu, à marcher résolument vers le sommet de la perfection, ne va jamais seul au Ciel. Il entraîne toujours une foule à sa suite. Il est comme un vaillant capitaine à qui Dieu confie des gens qui marchent en sa compagnie. Voilà pourquoi il trouve tant de dangers et de difficultés de la part du démon. Aussi il ne lui faut pas peu de courage pour ne point retourner en arrière ; il lui en faut un très grand au contraire, et une faveur de Dieu toute spéciale »[62]   

 

Sainte Thérèse invite constamment ses lecteurs, si contemplatifs soient-ils, à une lutte constante, ce qui est aux antipodes de toute forme d’angélisme ou de quiétisme : « Nous devons lutter ici-bas »[63] ; « Quels que soient donc les délices et les gages d’amour que le Seigneur vous donne, ne vous laissez jamais aller à une sécurité telle que vous ne craignez plus les rechutes, et tenez-vous en garde contre les occasions dangereuses »[64]   

 

Elle constate également que les épreuves et les persécutions, souffertes par amour de Dieu, lui procurent un grand bienfait : « En effet, le progrès de l’amour de Dieu en moi, sans parler d’une foule d’autres avantages, fut tel que j’en était moi-même étonnée »[65]      

 

-Elle rappelle avec force l’importance d’acquérir des vertus : « Croyez-moi, le Roi de gloire ne viendra jamais dans notre âme, j’entends pour s’unir à elle, tant que nous ne nous efforçons pas d’acquérir de solides vertus »[66]. St Jean de la Croix s’exprime de façon identique : les vertus, dit-il sont « le moyen et la disposition nécessaires pour l’union de l’âme avec Dieu ».[67]

En remarquant l’insistance que sainte Thérèse met à comparer l’âme à un château, ou à un palais, nous pouvons mieux comprendre la nécessité des vertus. Elles sont en quelque sorte, les matériaux avec lesquels on construit l’édifice.

 

L’homme qui n’est pas vertueux est comme le nomade qui ne se fixe nulle part et qui est privé en quelque sorte d’identité. Il est étranger à lui-même. Il n’a pas de maison.

Les vertus (habitus) construisent notre habitat, ce château plus ou moins grand, plus ou moins beau, selon la perfection des vertus atteintes, qui peut donner accueil à Dieu, où nous pouvons nous retrouver nous-mêmes et nous reconnaître. Notons en outre que sainte Thérèse dit toujours que Dieu habite en notre âme ou château intérieur. Or Dieu ne demeure, par la grâce, que dans une âme vertueuse. Il semble donc que les vertus constituent les murs de l’édifice.

 

« Si vous ne cherchez pas à acquérir les vertus, et si vous ne vous y exercez pas, vous resterez toujours comme des naines ; et encore plaise à Dieu que votre état soit seulement de ne pas grandir, car, vous le savez, celui qui n’avance pas recule ! Pour moi, je regarde comme impossible que l’amour, là où il est, se contente de rester dans le même état ! »[68] 

 

3. Aimer avec son cœur. L’amour qui imprègne tout et qui inclut la volonté, l’intelligence, les sentiments, tout l’être de la personne. Le langage de l’amour.

 

C’est l’homme « total » qui doit s’unir à Dieu, car l’amitié ne se noue entre personnes, et non entre les intelligences, ou les volontés ou les sentiments seulement.

L’amour imprègne tout notre être et par là même affecte toutes nos facultés : la volonté, l’intelligence, les sentiments. Nous pensons à l’être cher, nous voulons le voir, l’entendre...

Aimer veut dire pour l’homme aimer avec son cœur. Et le cœur est comme la synthèse de toutes les dimensions corporelles et spirituelles de son être : intelligence, volonté, sentiments.

 

Sainte Thérèse s’est efforcée de réfléchir à la nature de l’amour, rejetant une double erreur dans la manière de concevoir l’amour de Dieu : tantôt comme quelque chose de purement spirituel, incorporel, abstrait, intellectuel ; tantôt comme un élan purement sentimental, irrationnel, émotif.

Elle n’accepte pas un prétendu spiritualisme désincarné. Elle accepte la réalité matérielle telle qu’elle s’impose à elle, se méfiant de tout ce qui irait à l’encontre de la nature des choses. Elle rejette ainsi l’idée de certains auteurs qui prétendaient arrêter les opérations naturelles des puissances pour parvenir plus vite à la contemplation ; ou celle de ceux qui cherchaient des conditions exceptionnelles pour rencontrer Dieu : Nous pouvons partout aimer ce Dieu souverain, aussi bien « au milieu des marmites »[69], qu’au cœur même de la cour[70], car « le véritable amant aime partout son bien-aimé et ne perd jamais son souvenir »[71]    

 

Vouloir se passer des réalités corporelles pour chercher Dieu lui semble une folie, car « nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps »[72]. On connaît par ailleurs son goût pour les images et pour tous les signes sensibles (liturgie, sacrements, eau bénite, etc.).

 

L’amour de Dieu dont nous parle Thérèse n’est pas celui d’une volonté pure ou angélique, mais d’un cœur humain qui exprime par conséquent son amour de la même manière qu’elle le ferait pour toutes les personnes humaines qui lui sont chères. « Vous savez bien vous exprimer quand vous parlez aux créatures, pourquoi ne trouveriez-vous pas des paroles lorsqu’il s’agit de vous entretenir avec Dieu ? »[73]   

« Habituez-vous à faire beaucoup d’actes d’amour, car ils enflamment et attendrissent l’âme »[74]    

 

Cela explique la familiarité avec laquelle Thérèse s’adresse toujours à Dieu. « J’ai pris la hardiesse de me plaindre de sa Majesté et je lui ai dit : Eh quoi ! Oh mon Dieu, n’est-ce pas assez que vous me reteniez dans cette misérable vie ! (…) Or les quelques instants qui me restent pour jouir de votre présence, vous vous cachez ! (…) Comment votre amour pour moi peut-il le souffrir ? Seigneur, s’il m’était possible de me cacher de vous, comme vous vous cachez de moi, je suis persuadée que votre amour pour moi ne le souffrirait pas ! Mais vous êtes toujours avec moi et me voyez toujours. Une telle inégalité est trop dure, ô mon Dieu. Considérez, je vous en supplie, que c’est faire injure à celle qui vous aime tant »[75]    

 

L’amour éprouvé par Thérèse est celui d’une femme qui a su intégrer parfaitement toutes les dimensions de sa personne. Son amour montre à la fois la présence de sa volonté libre, de son intelligence et de ses sentiments. De plus, elle découvre clairement les répercussions corporelles de ses expériences mystiques. La gloire et le repos que l’âme éprouve dans l’union avec Dieu rejaillissent sur le corps. L’homme n’est pas une dualité de natures difficiles à assembler, mais une unité harmonieuse de matière et d’esprit. Sa spiritualité se manifeste dans ses actions les plus matérielles, mais l’homme, demeure aussi un être corporel jusque dans la spiritualité la plus profonde.

 

 

III. La réciprocité dans le don et l’union transformante.

 

1. L’union ou la réciprocité dans le don

 

L’union amoureuse implique la réciprocité dans le don, car « l’amour appelle l’amour »[76] « Voici les paroles que sa Majesté me répète souvent en me montrant un profond amour : « Désormais tu es mienne, et moi je suis tien »[77]; et en une autre occasion : « Je t’ai donné mon Fils, le Saint Esprit et cette Vierge, que peux-tu me donner en retour ? » [78] Dieu attend véritablement l’amour de l’homme.

 

La réciprocité dans l’amour est de telle sorte que, d’après sainte Thérèse, « Dieu commence à montrer à l’âme tant d’amitié que non seulement Il lui rend sa volonté, mais lui donne en même temps la sienne propre. Dès lors qu’Il la traite ainsi, Il prend plaisir à voir ces deux volontés commander à tour de rôle. »[79]     

 

2.L’union transformante. L’homme, Dieu par participation. Union sans confusion. Les degrés de l’union transformante.

 

L’amour conduit à l’union de l’amant et de la personne aimée. « Et que puis-je désirer de mieux en cette vie que d’être tellement unie à vous qu’il n’y ait pas de division entre vous et moi ? (…) Désormais, je ne veux avoir d’autre volonté que la vôtre »[80]    

Le don inconditionnel de l’amour renferme une telle force, que, d’après sainte Thérèse, « il ne peut manquer d’attirer le Tout-Puissant à ne faire qu’un avec notre bassesse, à nous transformer en Lui, à unir le Créateur à la créature »[81]  

 

Au fur et à mesure que l’amour de Dieu prend possession d’une âme, il la modèle, la transforme, la divinise. Ste Thérèse observe clairement ce phénomène, en particulier depuis le jour où elle s’est décidée à ne plus mettre d’obstacle à l’action divine :

« C’est maintenant un nouveau livre qui commence, je veux dire une nouvelle vie. Celle que j’ai racontée tout d’abord était ma vie ; celle où j’ai commencé ensuite à parler des divers états d’oraison est, si je ne me trompe, la vie de Dieu en moi ». [82]   

 

L’amour transforme l’autre sans le faire disparaître. [83] Il s’agit d’une union sans confusion, car c’est une union d’amour et l’amour respecte l’altérité, qui plus est, il la réclame nécessairement.

 

Cette union de l’âme avec Dieu se réalise au « centre le plus intime de l’âme », où « Dieu lui-même habite » [84] 

 

Dieu prend donc possession de l’âme, qui s’est donnée librement à lui, la conduisant à une union amoureuse au caractère nuptial qui domine la mystique thérésienne. D’où le choix de la terminologie pour le signaler : union, fiançailles, mariage.

 

Thérèse montre, ainsi, que l’union transformante a des degrés. Elle a recours à l’analogie de l’amour humain entre un homme et une femme, pour parler de l’amour entre Dieu et l’âme, parce qu’il y a en effet une analogie.  Le désir actuel d’effacer toute différence, parfois même dans le vocabulaire mystique, montre que dans la relation amoureuse la volonté est utilisée au minimum. En revanche, Thérèse, à la suite de toute la tradition catholique, rappelle que l’amour s’enracine avant tout dans la volonté. Et montre que celle-ci, pour se donner définitivement, a besoin d’une introduction et de parcourir différentes étapes : amitié, fiançailles, mariage. La volonté représente ici, d’une manière profonde l’intériorité humaine.

 

3. Identification à travers le Christ. Importance de la Sainte Humanité. Vivre la vie du Christ : prendre la Croix avec Lui.

 

L’union avec Dieu passe nécessairement à travers le Christ, et en particulier à travers sa sainte Humanité. « Nous ne pouvons plaire à Dieu que par la très sainte Humanité de Notre-Seigneur ; c’est par elle qu’Il veut nous accorder des grâces signalées (…) Telle est la porte, par laquelle nous devons entrer » [85]. La relation avec un Dieu qui est Homme à la fois, souligne la proximité de Dieu, sans diminuer pour autant sa transcendance. « La vue de Notre Seigneur et les entretiens si fréquents que j’avais avec Lui augmentèrent beaucoup mon amour et ma confiance. Je comprenais que, s’il est Dieu, il est Homme aussi et qu’il ne s’étonne pas des faiblesses des hommes (...) Je puis traiter avec Lui, tout Seigneur qu’il est, comme avec un ami » [86] 

 

Dans la VIIème Demeure, sainte Thérèse décrit son expérience du mariage spirituel, c’est-à-dire de l’union la plus profonde à laquelle l’homme peut aspirer dans cette vie, où l’âme, « ou mieux, l’esprit de l’âme est devenu une seule chose avec Dieu »[87]. Ici « les trois Personnes de la très sainte Trinité se montrent à elle »[88] et lui font comprendre les paroles évangéliques sur leur inhabitation dans l’âme. Cette révélation est précédée par une vision extraordinaire de la sainte Humanité du Christ[89], fait qui revêt une grande importance. En effet, l’homme ne peut connaître et aimer la Sainte Trinité qu’à travers Jésus-Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes. Par conséquent l’identification avec Dieu se réalise toujours à travers le Christ. Elle est si forte alors que sainte Thérèse peut s’exclamer avec saint Paul que « le Christ est devenu désormais sa vie »[90], car « le Christ vit en elle »[91]   

 

Dieu aime l’homme dans le Christ et l’homme aime Dieu à travers le Christ, en s’identifiant à lui. Il est le Chemin, le seul chemin. D’où l’objectif de toute la mystique thérésienne : s’identifier au Christ, faire en sorte que ce soit Lui qui vive en nous : « Le Christ est ma vie », dit-elle. Voilà à mon avis, ce que l’âme peut dire dans le mariage spirituel » [92]  

 

Si le Christ nous a montré son amour en mourant sur la croix, nous ne pouvons pas nous faire une fausse idée de l’amour, en voulant éviter de prendre part à ses souffrances rédemptrices. « Prenez sur vos épaules la Croix que votre Epoux a portée sur les siennes ; sachez que telle doit être votre ambition »[93]    Ce qui explique le mot que Thérèse a entendu un jour : « Tu sais déjà les fiançailles qu’il y a entre moi et toi ; dès lors ce que j’ai est à toi ; je te donne donc tous les travaux et toutes les souffrances que j’ai endurées ; tu peux demander à mon Père tout cela comme un bien propre » [94]  

 

De même que la jouissance ne s’identifie pas à l’amour, mais est un effet, de même la souffrance ne s’identifie pas, non plus, à elle. On peut jouir et ne pas aimer, on peut souffrir et ne pas aimer. Néanmoins l’amour vrai est indissociable en ce monde de la souffrance et procure aussi une jouissance d’autant plus grande qu’elle n’a pas été recherchée pour elle-même.

 

4. Amour et connaissance. Sagesse suprême.

 

Sainte Thérèse constate qu’à travers l’oraison contemplative, elle est instruite de grandes vérités sans aucun effort de sa part. Elle se trouve en possession d’une sagesse supérieure à la science.

Cependant, depuis le début de la vie proprement mystique (oraison de quiétude) jusqu’à son sommet (mariage spirituel), il existe d’après sainte Thérèse, une progression dans l’acquisition de ces connaissances : quant au contenu, quant à la manière de les acquérir, et quant à la conscience qu’elle a, de plus en plus claire, de ce qu’elle est en train de connaître.

Si l’âme dans la IVème, Vème et VIème Demeures aime plus qu’elle ne connaît, dans la VIIème, le problème ne se pose plus dans les mêmes termes. Alors que sainte Thérèse est en possession de la plus grande sagesse et de la connaissance de Dieu la plus élevée, elle affirme qu’il n’y a pas d’amour plus grand que celui qu’elle éprouve à ce niveau-là. [95] 

 

5. Les manifestations et les fruits de l’amour. Les œuvres. Etre et agir. Etre le Christ, se comporter comme le Christ. Amour des autres.

 

Au sommet de sa vie spirituelle, sainte Thérèse découvre clairement non seulement la possibilité, mais aussi la nécessité de l’union entre la prière et les œuvres, entre ce qui est humain et ce qui est divin, entre ce qui est matériel et ce qui est spirituel.

 

Elle prend conscience que l’action non seulement n’empêche pas son union permanente avec Dieu, mais qu’elle devient la preuve définitive de l’authenticité de sa vie contemplative [96]  : « Voilà à quoi sert le mariage spirituel qui doit toujours produire des œuvres, et encore des œuvres.[97] Elles sont la réponse de l’homme à l’amour de Dieu, puisque, en cette union si intime, « toute sa pensée est de chercher (…) en quoi et par quel moyen elle lui témoignera son amour ». [98]

 

Et quelles sont ces œuvres ? En premier lieu l’amour du prochain [99]

 

 « Quand je vois des personnes tellement appliquées à examiner leur oraison et tellement encapuchonnées lorsqu’elles s’y livrent, qu’elles semblent ne pas oser bouger pour ne pas en détourner la pensée, dans la crainte de perdre tant soit peu les goûts et la consolation qu’elles s’y trouvent, et quand je les vois s’imaginer que toute la perfection consiste en cela, je me dis qu’elles comprennent bien peu ce que doit être le chemin qui mène à l’union. Non, mes sœurs, non ; ce n’est pas là le chemin. Ce sont des œuvres que le Seigneur demande de nous. Si, par exemple, vous voyez une malade à qui vous puissiez procurer du soulagement, n’ayez aucune peine de laisser là vos dévotions pour l’assister et lui montrer de la compassion ; si elle souffre, partagez sa douleur ; s’il vous faut jeûner pour qu’elle ait la nourriture nécessaire, faites-le, non pas tant par amour pour elle que par amour pour Dieu, qui le veut, comme vous le savez. Telle est la véritable union à sa volonté. Si vous voyez que l’on prodigue des louanges à une personne, réjouissez-vous-en beaucoup plus que si on vous louait vous-mêmes. A la vérité cette pratique est facile quand l’âme est humble »[100]

 

Par conséquent plus l’homme est uni à Dieu, plus il aimera les autres tels que Dieu les aime.

 

 « Ceux-là, direz-vous, n’aiment donc, et ne savent aimer personne si ce n’est Dieu ? Je réponds qu’ils aiment beaucoup plus : leur amour est plus vrai, plus ardent et plus utile ; enfin c’est de l’amour. Ils sont toujours beaucoup plus portés à donner qu’à recevoir » [101]

Si donc ces âmes aiment le prochain, elles désirent passionnément qu’il aime Dieu et qu’il en soit aimé. Dans le cas contraire, elles le savent, l’amour ne serait pas durable. Cet amour, d’ailleurs, leur coûte cher ; car elles ne négligent rien de ce qui est en leur pouvoir pour être utiles à leur prochain. Elles sont prêtes à sacrifier mille fois leur vie pour lui procurer le moindre bien. O précieux amour ! Il s’applique à imiter le Prince de l’amour, Jésus, notre bien ! » [102]

 

L’amour est par essence un dans le cœur de l’homme. Nous avons un seul cœur pour aimer Dieu et les autres.

La capacité d’aimer qu’a la volonté humaine est une participation à l’amour de Dieu : « L’amour, à mon avis, est comme une flèche que lance la volonté. Si cette flèche part avec toute la force que possède la volonté délivrée déjà de toutes les choses de la terre et occupée de Dieu seul, elle doit très certainement faire une blessure à Sa Majesté. Aussi, enfoncée en Dieu Lui-même qui est amour, elle en revient avec les plus grands profits ».[103]

 

La plus haute contemplation conduit à l’action, dans une unité totale de la personne, comme la vie même de sainte Thérèse le montre. Comme nous le rappelle la philosophie classique, « agere sequitur esse » : la manière d’agir suit le mode d’être. Si l’homme est appelé à s’identifier au Christ, il doit agir identifié avec Lui. Dieu, depuis le centre de l’âme, exerce une influence sur les puissances, les sens et sur tout ce qui est corporel [104], les incitant à agir et à agir comme le Christ qui, tout comme son Père est toujours à l’œuvre, est Lui aussi à l’œuvre. [105] Or, chez le Christ il n’y a pas de séparation entre action et contemplation.

 

Sainte Thérèse, dans le mariage spirituel où sa vie est désormais celle du Christ, atteint avec Lui une totale unité de son être, dépassant l’opposition entre la vie active et la vie contemplative : “Croyez-moi, Marthe et Marie doivent aller ensemble pour donner l’hospitalité à Notre-Seigneur, l’avoir toujours en leur compagnie, et ne pas lui réserver un mauvais accueil, en ne lui donnant point à manger. Mais comment Marie lui eût-elle rendu ce service, dès lors qu’elle se tenait toujours à ses pieds, si sa sœur ne s’en était chargée ? Sa nourriture est que nous prenions tous les moyens possibles pour lui amener des âmes, afin qu’elles se sauvent et chantent à jamais ses louanges »[106]. Voilà la raison ultime des œuvres : co-racheter avec le Christ.

 

La vie humaine, tout en restant humaine, est divinisée par l’action de Dieu. Nous pouvons affirmer, suivant la pensée thérésienne, que la nature humaine n’est authentiquement naturelle que lorsque la personne vie une vie surnaturelle. Son humanité ne s’évanouit pas au contact avec Dieu ; au contraire, elle devient plus réelle, comme cela se voit par le nombre et la qualité de ses opérations. Un fantôme, en revanche, ne produit rien.

 

La capacité transformante de l’amour explique qu’il ait toujours été comparé au feu, qui transforme tout ce qu’il touche. Le Saint Esprit, qui est l’Amour de Dieu, est représenté par des langues de feu. Ste Thérèse, tout comme Saint Jean de la Croix a constamment recours à cet élément pour parler de l’amour transformant de Dieu : « De même que le phénix, d’après ce que j’ai lu, après être passé par le feu, renaît de ses cendres avec une nouvelle vie, de même aussi l’âme est toute transformée par ce feu divin d’où elle sort avec des désirs nouveaux et le plus mâle courage »[107]

 

Or nous connaissons le résultat de ce feu dévorant en constatant l’activité déployée par les mystiques comme Thérèse, mais aussi en admirant leur ouverture aux autres, leur don sans conditions, leur joie, leur liberté, leur paix.

 

Conclusion

 

L’amour de Dieu rend l’homme libre. Le progrès de la liberté de l’homme coïncide avec celui de sa divinisation : plus l’âme est unie à Dieu par l’amour, plus elle est libre :« Comme notre Maître est tout-puissant, il apporte avec Lui la liberté ; et, comme Il nous aime, Il s’abaisse à notre mesure. (…) Il agrandit cette âme peu à peu. (…) Voilà pourquoi je dis qu’Il apporte avec Lui la liberté, car Il a le pouvoir d’agrandir entièrement ce palais »[108]

 

Plus l’amour grandit, plus il est libre, plus il transcende le monde. Cette idée de liberté, conséquence de l’amour de Dieu, comme domination du monde, traverse toute l’œuvre thérésienne avec une force surprenante : « Vous comprendrez comment le véritable amour de Dieu, s’il est fort, s’il est libre des choses de la terre et plane au-dessus d’elles, est incontestablement le maître des éléments et du monde (…) N’est-ce pas une chose merveilleuse qu’une pauvre sœur de Saint Joseph puisse arriver à exercer son empire sur la terre et les éléments ? » [109]    

 

Seule la personne qui aime peut vaincre le monde, car l’amour est l’éternité. Mais pour vaincre le monde, il faut le dominer. Or sainte Thérèse répète à maintes reprises que seul celui qui aime Dieu est capable de cette domination. Elle ne cesse de répéter « qu’il n’y a rien d’impossible à celui qui aime Dieu, car il exerce son empire sur toutes les souffrances et sur tous les dangers du monde »[110] 

 

Cet amour procure aussi la véritable liberté d’esprit face aux hommes.[111]  Dans l’amour l’âme s’ouvre à l’autre, abandonnant la possibilité humaine la plus terrible : l’enfermement en elle-même.

D’autre part sainte Thérèse énonce l’idée de l’élargissement de l’âme. Dans l’amour, l’âme, tout en restant essentiellement la même, s’agrandit, et devient de la sorte plus libre et semblable à Dieu.

Cet élargissement est par conséquent l’œuvre de l’amour et non du libre arbitre. Il ne peut être obtenu qu’à travers la faiblesse, c’est-à-dire à travers l’amour.

 

L’expérience mystique montre avec force que la vocation de l’homme à l’amour ne peut s’accomplir pleinement qu’en nous ouvrant de façon vitale l’amour de Dieu. C’est en l’aimant que l’homme découvre et réalise son identité.

 

Et comme l’affirme saint Jean de la Croix, «ne nous étonnons pas toutefois de savoir l’âme capable de parvenir à une telle élévation. Dès lors, en effet, que Dieu lui donne la grâce de devenir déiforme et unie à la très sainte Trinité, elle devient Dieu par participation »[112]   

 

Peu de mois avant sa mort, Thérèse écrit : « Je goûte une grande paix intérieure. Les joies et les peines ont peu de puissance pour m’enlever longtemps cette présence des trois personnes divines dont il m’est absolument impossible de douter ». [113] Toute l’œuvre de sainte Thérèse semble vouloir dire que pour celui qui aime Dieu, le ciel commence dès ici-bas.

 

 « Que rien ne te trouble
Que rien ne t’épouvante
Tout passe
Dieu ne change pas
La patience obtient tout
Celui qui possède Dieu
Ne manque de rien
Dieu seul suffit ! » [114]  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Patrick de Laubier, Les docteurs et la mystique, in France Catholique n°3203, 12 mars 2010, p.11

 

[2] Cf. Œuvres complètes de sainte Thérèse de Jésus. Paris, Ed. du Seuil, 1989, pp.7-12. Nous suivons cette édition pour toutes nos citations de sainte Thérèse.

 

[3] Vie écrite par elle-même, ch. 7, p.74 (désormais citée V)

 

[4] Cf. M.I. Alvira, Thérèse d’Avila, in France Catholique, n°3203, pp. 12-16

 

[5] Cf. .Patrick de Laubier, op.cit. p.8

 

[6] Le livre des Demeures ou Château de l’âme VII, ch. 2, p.1036 (désormais cité D)

 

[7] La Montée du Mont Carmel, in Œuvres spirituelles de saint Jean de la Croix, Paris,  Ed. du Seuil,1980, livre I, ch.4, p.37

 

[8] Poésies 7, p.1560 (désormais citées P)

 

[9] V, ch.1, p.19

 

[10] V, ch.3, p.32

 

[11] V, ch. 4, p.35

 

[12] V, ch. 7, p.62.

 

[13] Ibid., p.67

 

[14] Pensées sur l’amour de Dieu, ch.1, p.1391 (désormais citées PAD)

 

[15] V, ch. 7, p.76

 

[16] V, ch.8, p.79

 

[17] Cf. V, ch.19, p.184

 

[18] Ibid.

 

[19] Cf. V, ch. 8, passim

 

[20]  Ibid., p.84

 

[21] V, ch. 8, pp.81-82

 

[22]  D I, ch.1, p. 814

 

[23] V, ch. 6, p.55

 

[24] V, ch. 8, p.82

 

[25] Exclamations 16, p.1480 (désormais citées E)

 

[26] V, ch. 10, p.98

 

[27] D VII, ch.  3, p.1045

 

[28] V, ch. 8, p.85

 

[29] cf. V, ch. 9, p.88 

 

[30] PAD, ch. 3, p.1425

 

[31] PAD, ch. 1, p.1396

 

[32] Ibid.,1, p.1393

 

[33] V, ch. 9, p.91

 

[34] Ibid., p.92

 

[35] D V, ch. 3, p.912-913

 

[36] V, ch.11, p.112

 

[37] D IV, ch. 1, p.868

 

[38] D II, p.841

 

[39] Cf. M.I. Alvira, Vision de l’homme selon Thérèse d’Avila, une philosophie de l’héroïsme. Paris, Ed. F.X. de Guibert, 1992

 

[40] D IV, ch. 1, pp.867-868

 

[41] Les Fondations, ch.5, p.1099 (désormais citées F)

 

[42] Ibid.

 

[43] cf. V, ch. 37, p.416 ; E 5, p.1462 ; Chemin de la Perfection, ch. 32, p.735 (désormais cité C)

 

[44] D I, ch.1, p.818

 

[45] Cf. V, ch. 9 et ss

 

[46] M.Olphe-Galliard, La contemplation au XVIème siècle, in DSAM, II/2, col. 2034-2035

 

[47] Cf. Relations spirituelles VII, p.518 (désormais citées R) ; D IV, ch. 3, pp.880-883 

 

[48] R VII, p.518

 

[49] cf. V, ch.14-17 ; R VII, pp.518-519 ; C, ch. 33 ; D IV ; PAD, ch. IV

 

[50] C, ch. 33, p.737

 

[51] Cf. D V, VI et VII

 

[52] D V, ch. 4, pp.921-922

 

[53] D VII, ch.2, p.1036

 

[54] V, ch.10, p. 97

 

[55] V, ch. 13, p.122

 

[56] Ibid., p.123

 

[57] C, ch. 18, pp. 660-661

 

[58] V, ch. 8, p.85

 

[59] Cf. D VII, ch. 3

 

[60] V, ch. 11, pp. 103-104.

 

[61] C, ch. 23, p.689

 

[62] V, ch. 11, p. 105

 

[63] PAD, ch. 2, p 1399 

 

[64] C, ch. 41, p.789

 

[65] V, ch.33, p.359

 

[66] C, ch. 18, pp.657-658

 

[67] Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre II, ch.5, p.117 

 

[68] D VII, ch. 4, pp.1054-1055

 

[69] F, ch. 5, p.1102

 

[70] cf. Lettre à Doña Inés Nieto, 19.VI.1575 

 

[71] F, ch. 5, p.1107

 

[72] V, ch. 22, p.226

 

[73] C, ch. 28, p.715

 

[74] Avis n°52, p.1490

 

[75] V, ch. 37, p.421

 

[76] V, ch. 22, p.229

 

[77] V, ch. 39, p.456

 

[78] Relations spirituelles diverses 19, p.545 (désormais citées RD)

 

[79] C, ch. 34, p.752

 

[80] PAD, ch. 4, p.1432

 

[81] C, ch. 34, p.751

 

[82] V, ch.23, p. 233

 

[83] cf. P 7, p.1560

 

[84] D VII, ch. 2, p.1035

 

[85] V, ch. 22, p.224

 

[86] V, ch. 37, p.418

 

[87] D VII, ch.2, p. 1036

 

[88] cf. ibid. , ch.1, p.1030  

 

[89] cf. ibid., ch. 2, pp.1034-1036 

 

[90] Ibid., ch. 2, p. 1037

 

[91] Ibid., ch. 3, p.1042

 

[92] D VII, ch. 2, p.1037

 

[93] D II, p.841  

 

[94] RD 43, p.564

 

[95] cf. D VII, ch. 2, p.1039

 

[96] D VII, ch.4, pp. 1051-1053

 

[97] Ibid. p. 1053 

 

[98] Ibid.

 

[99] cf. D V, ch.3, pp. 917-918

 

[100] D V, ch. 3, p.918 ; voir aussi ibid, p. 919 et C, ch.7

 

[101] C, ch. 7, p.615

 

[102] C, ch. 7, p.616

 

[103] PAD, ch. 6, p.1441

 

[104] cf. D VII, ch.4, p. 1054

 

[105] Cf. Jn 5, 17-30 

 

[106] D VII, ch. 4, pp. 1056-1057  

 

[107] V, ch. 39, p.458

 

[108] C, ch. 30, pp. 726-727

 

[109] C, ch. 21, p.676

 

[110] PAD, ch. 3, p.1420

 

[111] cf. R III, p.495 ; voir aussi C, ch. 16, pp.653-654 et V, ch. 37, p.417

 

[112] Saint Jean de la Croix, Cantique Spirituel A, strophe 38, pp. 891-892

 

[113] R 8, p.532

 

[114] P 10, pp. 1564-1565

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