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Les faibles psychiques: Saint Jean de La Croix

Nuits obscurs

Nuit des sens

Nuit de l’esprit

Stinissen nuit psychique et nuits obscurs ex Pascale



 

 

 

 

 

 

L'homme a une face extérieure et une face intérieure.

La face extérieure, la périphérie se compose de :

- système de la perception sensorielle liée au corps. (cinq sens, ex. froid, chaud…et tout le système kinestésique : tout ce qui est mouvement, perception du corps, ex respiration)

- affectif et émotionnel : le ressenti et son interprétation ( « j’aime- je n’aime pas » au niveau de l’interprétation du senti), les sentiments (« j’aime- je n’aime pas » au niveau de l’affectif) , les appétits : désirs pulsionnels non encore élaborés.

- l'imagination, à distinguer de l’imaginaire qui lui nous sort du réel pour entrer dans l’ordre du fantasme et du virtuel.

- même la raison dans la mesure où elle dépend de connaissances qui nous sont données par l'intermédiaire des sens. Pascal parle de l’esprit de géométrie en désignant ainsi l’intelligence conceptuelle et discursive, les capacités d’analyse et de synthèse.

 

La face intérieure est appelée l’esprit (avec minuscule).

- L’esprit est le lieu de la volonté et de l'amour.

C'est en effet la volonté qui est «  l'organe » de l'amour. Aimer quelqu'un, c'est approuver, « vouloir » l'existence de l'autre. Par exemple : Aimer Dieu c'est « vouloir » Dieu. (merci d’être, d’exister). Pour qui sait faire attention aux mots, c'est une très belle expression d’amour authentique.

C’est à ce niveau là que ce situe le libre-arbitre, c’est en ce lieu que j’exercice mes capacités de choix et de décision et à déployer ma liberté.

- Ce niveau de l'esprit comprend l’intelligence dans la mesure où elle est indépendante des sens. Il s'agit d'une sagesse spirituelle, d'une connaissance intuitive.

- L’esprit est aussi la demeure des sentiments profonds qui ne sont pas des sentiments proprement dits. Ces réalités de besoins humains fondamentaux: sécurité, perception du sens de l'existence, communion, et paix psychologique.

 

Mais l'homme est plus que ce dehors et ce dedans.

Il y a en lui, un troisième élément, le centre de l’âme. C'est là qu'il est image de Dieu qu'il est participant de la divine nature . (2 P 1, 4). C est là qu’habite la Sainte Trinité, car l'homme est un temple vivant. Tout homme, indépendamment de son état de pêcheur porte en lui ce sanctuaire inviolable, infracassable noyau.

Les mystiques rappellent souvent que le démon n'y a pas accès. Cela signifie concrètement qu'il y a dans l'homme un lieu, un point où il est tout à fait sain et saint, un point qui n'est pas infecté par le péché originel. Le péché n'a pas corrompu l'homme, il l'a seulement blessé et sa blessure, c'est justement de ne plus vivre dans son centre, de renier sa nature profonde, de vivre dans une « aliénation » métaphysique.

L'homme est donc un être compliqué, une réalité complexe. Les différents niveaux de son être se déséquilibrent facilement. Par suite de certains blessures, des blocages intérieurs peuvent surgir. L'un des niveaux peut vivre sa petite vie à lui au lieu de la vivre en harmonie avec les autres niveaux. Cheminer dans la nuit dans un acte de foi permet d’enclencher un processus d'intégration qui rétablit l'unité dans la multiplicité.

« Le centre de l'âme, c'est Dieu », écrit saint Jean de la Croix (VF 1, 12). Quand saint Paul écrit: « Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20), il veut signifier par là que sa vie personnelle jaillit du Christ comme de sa source. « Deus interior intimo meo », dit saint Augustin (Dieu plus intime à moi-même que moi-même). La parabole de la vigne et des sarments affirme la même réalité.

Par l’intériorité passe la richesse de la résurrection, la richesse de la compassion du Christ.

 

Conclusion

La face externe, c'est la partie la plus psychologique, la face interne est plus spirituelle. Quant au centre de l'âme, elle est non seulement l'infracassable noyau des psys, mais aussi un sanctuaire inviolable, le jardin scellé du Cantique des Cantiques où le Bien-aimé, l'hôte divin, rencontre sa bien-aimée, notre âme. Dieu y est présent non pas enfermé en nous-mêmes mais comme présence, ouverture à plus que nous même, à la transcendance, comme un rivage ouvert sur l'Eternité de Dieu et sur l'amour universel.

Le rapport avec les deux volontés, radicale et blessée s'éclaire. La volonté radicale qui est la capacité la plus spirituelle en nous, choisit la vie et l'autre, la volonté blessée, choisit la survie.

Sur le schéma, n'est pas indiquée la volonté blessée parce qu'elle ne fait pas à proprement partie à proprement parler des capacités humaines; elle s'invite à partir de la blessure. Si, par exemple, j'ai une blessure d'abandon, je vais construire des mécanismes de défense pour moins souffrir et c'est à partir de cette forteresse où je me réfugie que je vais prendre certaines de mes décisions, désertant de plus en plus ma volonté radicale. C'est pour soigner un manque, une souffrance, une blessure mais ça creuse la plaie. Volonté radicale et volonté blessée se confrontent et se vit alors un déchirement intérieur. C'est cette faille, nommée, reconnue, assumée, que l'Esprit Saint veut visiter. C'est le sens de la prière qui suit la prise de conscience de la blessure. Tout un chemin où l'homme blessé que nous sommes tous, accepte de travailler sur lui-même, consent à suivre des règles de prudence et à se laisse enseigner à partir de sa vie intérieure, conduit et éclairé par l'Esprit Saint. Accepter que l'Esprit Saint travaille dans notre psyche suppose que l'on ait une grande idée de Dieu et une grande idée de l'homme capax Dei comme dit St Augustin. D'où l'importance de mieux comprendre comme fonctionne la psyche humaine.


 

La porte que Rémi va pousser.  

 

Rémi a cinquante ans et moi aussi.  Il me parle et les mots sortent difficilement.  Mais quand il rentre dans le récit de ce qu'il a vécu enfant, son visage s'anime, sa voix prend de l'assurance et il crie à l'injustice. Toute l'enfance de Rémi a été traversée, bouleversée par la violence de son père. Pour Rémi, ce fut la violence systématique, violence physique et psychique. Rémi a été humilié, violenté, dressé. La peur de l'enfant qu'il était est restée là, enkystée dans son corps. Le corps de Rémi se tord parfois sur la chaise comme s'il voulait disparaître. Ses yeux fuient sans cesse. Je devine l'intensité de la souffrance qu'il a vécue. Le petit Rémi n'existe que comme objet utilitaire. L'aveuglement de son père est tel qu'il ne voit pas d'autres besoins pour l'enfant que celui d'avoir quelque chose dans l'assiette.

Tous les jours autres besoins n'existent pas pour le père de Rémi. Manger, travailler et se taire!  Dans la rencontre avec  moi, Rémi a du mal  à parler. Parfois il arrive à dépasser sa paralysie, Il est alors débordé par un flot de paroles qui tourne en boucles. Il revit  les émotions sans trouver l'issue. Sur son visage, on devine toute la tourmente de son enfance mais aussi une attente, l'espérance de sortir de cette souffrance.  

A sa manière, Rémi a traversé un désert, celui de son enfance. Il a cherché quelques points d'eau pour ne pas mourir de soif. Quelques gouttes d'affection quémandées à sa mère, en cachette de son père ont pu le laisser dans la survie affective. Il a pu boire à une autre source, celle de son grand-père. Les rares fois où il le voyait, Rémi a pu boire tout son saoul l'eau de la tendresse et de l'affection. Mais ce que lui a donné son grand-père de plus précieux, c'est sa foi et une vraie parole de vie " tu sais mon garçon quand tu te sens pauvre abandonné, quand tu es inconsolable, quelqu'un peut te consoler. Lui, le Vivant, Il est particulièrement présent pour tous les enfants qui souffrent et il t'aidera à traverser la vie".  

Me revient le récit d'un ami prêtre, guide de haute montagne au col du grand St Bernard. Il m'avait raconté sa traversée du désert de Tunisie.

On peut le traverser à pied mais on ne peut emporter assez d'eau. Les bédouins vous remettent une carte pour vous indiquer les points d'eau. Le point indiqué sur la carte n'est en fait qu'un endroit comme les autres dans une immensité de sable. Bien sûr, il faut creuser et croire qu'en dessous, il y a de l’eau! Au début vous ne voyez que sable sec.  A la longue, vous commencez à douter et vous finissez par ne plus y croire. Quelle explosion de joie quand le sable que vous creusez devient humide! Quelques timides bouillons sablonneux arrivent. Vous êtes sauvés, vous allez pouvoir tamiser et vous désaltérer.

Rémi n'est pas mort de soif. En fait, c'est comme si son grand-père lui avait donné la  fameuse carte des points d'eau. Pour moi, cette carte est la carte des béatitudes.

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolé

Heureux les doux..."

Dans son désert, Rémi, l'inconsolé, au creux de sa pauvreté affective, au fond de sa tristesse infinie a cherché un peu de sens, un peu d'amour, un peu d'estime de soi. Il les a reçus dans la foi en Celui qui est Source. Il a reçu consolation dans la détresse. Mais cela ne va pas de soi. Il faut creuser pour trouver un peu de consolation. Ça n'enlève pas la souffrance. C'est juste pour survivre, juste pour traverser et ne pas mourir.

Quand son grand-père est mort, tout s'est effondré, comme si le grand-père était parti en emmenant avec lui la carte des points d'eau. Le vide intérieur de Rémi est alors devenu insupportable. Il s'est effondré et  a décidé de n'exprimer désormais aucune émotion. Il a fermé son cœur car il souffrait trop de l'abandon. J'ai compris cela quand nous avons pu identifier son serment intérieur:

"Jamais plus, je ne m'engagerai affectivement, jamais."

Nous sommes créés par Amour et pour aimer.

C'est déchirant de se couper de ce que l'on est vraiment. L'enfant-Rémi ne peut en prendre conscience. C'est comme si tout se passait en partie sans lui, dans l'inconscient. Déchirement que ce paradoxe où la vie même est en jeu. Dans un paradoxe, deux réalités inconciliables  tirent l'une d'un côté et l'autre dans la direction diamétralement opposée.  "Je ne veux plus souffrir et dois renoncer à l'amour" se bagarre avec "je veux être aimé et je meurs de ne pas l'être"

Quelques années plus tard, il devenait gravement alcoolique. Rémi  a remplacé l'amour non reçu par un faux-ami qui est devenu son meilleur ennemi, un anxiolytique puissant: l'alcool. Le vide à combler était tel qu'il nécessitait une grande quantité d'alcool. Très rapidement Rémi s'est dégradé.

C'est un clochard rencontré dans la rue qui lui a permis de retrouver la carte des "fameux points d'eau" qu'il pensait avoir perdu, à la mort de son grand-père.  

"Soigne-toi et pousse la porte de cette église", dit le sage clochard. Deux conseils judicieux, en peu de mots. Dans l'église, Rémi boit les paroles de la messe. D'église en église, d'homélie en homélie, il comprend mieux quel amour pourrait combler son vide. Psychothérapie et alcoolique-anonyme, ont été les lieux du soin.  Le clochard, imbibé et titubant qui lui avait montré du doigt l'Eglise et enjoint de se soigner avait eu raison pour  ce conseil avisé qu'il n'avait pas encore eu l'idée d'appliquer à lui-même.

Depuis 20 ans, Rémi n'a pas touché une goutte d'alcool et cependant, il se considère toujours comme alcoolique. Il est allé tellement loin dans l'addiction qu'il reste sur ses gardes et jamais ne se dit guéri.

Quand j'ai rencontré Rémi, il avait dix ans d'abstinence d'alcool. Mais toujours ce paradoxe non résolu, comme une injonction paradoxale qu'il se faisait à lui-même.

"Je ne veux plus avoir quoique que ce soit à faire avec mes parents." Pourtant, à chaque fois qu'il les avait au téléphone, il ne pouvait s'empêcher de se mettre en colère. C'était un appel à reconnaître les préjudices qu'il avait subis et une demande de réparation. Cette demande est irrecevable pour ses parents, incapables de comprendre. L'enfant intérieur en Rémi, crie la souffrance du manque d'amour. Tant que Rémi réclame de ses parents ce qu'il n'a pas reçu enfant, il n'est pas libre, il obéit à une injonction intérieure profondément engrammé en son inconscient. Il n'est pas libre de construire sa vie. C'est sa volonté blessée qui exige réparation, c'est cette même volonté déchaînée qui l'avait emmené dans la toxicomanie alcoolique.

Il me fait alors comprendre un outil précieux qui m'a permis de comprendre certaines colères qui me débordaient à chaque fois que je vivais une situation d'injustice ou  d'exclusion.  À chaque fois qu'un mot malheureux, intentionnellement ou non venait toucher ma blessure de rupture, l'orage pouvait éclater, un tremblement de terre intérieur pouvait faire frémir mes entrailles et ma réaction disproportionnée par rapport à la situation objective. Le choix de la vie est parfois entravé et même empêché par une volonté blessée qui cherche à se défendre contre la souffrance. La souffrance de l'enfant intérieur non consolé s'impose et revendique despotiquement  un soulagement éphémère et souvent illusoire.

Il existe en chacun de nous deux volontés qui se confrontent, la volonté blessée et la volonté radicale. La volonté blessée obéit aux mécanismes de défense pour survivre mais risque de choisir des chemins de mort. La volonté radicale est la capacité de choisir la vie.

 

L'enfer de Soazic

 

Quand Soazic me parle de son premier serment intérieur, je me souviens du mien. Je reviens du Québec où j'ai fait une session Emmaüs de guérison intérieure.

Je sais comment l'aider. Le serment intérieur que j'avais fait à l'école militaire, « Je veux vivre, réellement vivre ma vie et me battre en ne comptant que sur moi", j'en avais pris conscience et je l'avais travaillé pour m'en libérer.

Le serment que Soazic a fait à l'âge de 13 ans, lui a été explicite.

"Je ne peux aimer en dehors de la relation avec Jérôme". Jérôme est son premier amour. Ils avaient décidé que seul cet amour pourrait exister au cours de leur vie. Ils se l'étaient dits dans une sorte de rituel qui scellait à jamais leur vie. Trop de passion, trop de romantisme, Jérôme a eu peur et Soazic a eu le cœur déchiré.

"J’ai grandi normalement jusqu’à l’adolescence, dit-elle. Puis j’ai connu une rupture sentimentale qui a été un véritable traumatisme pour moi. J’ai commencé à me sentir mal intérieurement et petit à petit je suis tombée dans les affres de l’angoisse et de la peur par rapport au travail et à l’avenir. Concrètement à l’âge de 16 ans j’étais malade physiquement dès que j’allais au lycée, et j’ai commencé à souffrir de dépression et à me replier sur moi… 16 ans c’est l’âge où j’ai commencé à consulter… Cette forme de phobie sociale et ces dépressions ont perduré pendant des années, mais cela ne m’a pas empêché d’obtenir une maitrise de droit."

Dans la prière, Soazic a solennellement renoncé à ce serment intérieur. Ce fut le début d'une longue exploration de toutes les blessures qui avaient précédé. De fermeture en fermeture, de serment intérieur en serment intérieur, elle était dans un mal-être inouï et se condamnait elle-même sans appel. Il fallait la sortir de ces forces de mort où elle se vivait condamnée par Dieu lui-même aux feux de l'enfer.

C'est aussi la prière  qui l'a libérée d'une partie de sa culpabilité. Les nombreux dialogues que nous avons eus ont permis de nommer beaucoup de blessures.  Blessée certes, elle l'est mais confiante en la puissance d'amour de Dieu, capable de la libérer profondément de tout ce qui l'empêche de vivre. Dans la prière, je me guide non seulement sur ce que Soazic me dit de sa vie mais aussi grâce à mon ressenti. Je comprends à quel point elle a vécu l'enfer. Je comprends qu'elle a tout perdu, qu'elle ne  possède plus rien, même pas le fait de n'être plus rien. Être rien, c'est être encore. Son enfer, c'est être chaos, c'est n'être que chaos. Ne lui restait plus que le cri, son cri? "Je suis damnée, non seulement damnée de la terre mais aussi damnée du ciel". C'est encore trop que n'être rien, être plaie béante du non-sens, être jeté dehors, hors du sens, n'être que folie à l'hôpital psychiatrique, voilà l'enfer d'où elle vient et ça, je l'ai compris. J'ai compris son enfer. Je ne l'y ai pas laissé seule.  Sans me consumer, je l'y ai rejointe et elle en est sortie, petit à petit comme on sort d'un cauchemar qui avait fait éclater son moi et qui l'avait laissée tellement diffractée aux quatre coins de la conscience d'elle-même. Sous la main bienveillante du Ciel, cohérence et harmonie ont pu être refaçonnées en elle.

Beaucoup de rencontres ont été nécessaires. C'est aussi tout un réseau qu'elle a pu mettre en place. Son médecin psychiatre, mais aussi une psychothérapeute gestaltiste qui lui a appris à vivre ses émotions, un groupe de chrétiens où elle a pu se sentir accueillie l'a soutenue. Club-House où elle est très investie et qui lui a permis de retrouver du travail.

Récemment, elle a témoigné à l'Elysée de son parcours. Avec beaucoup d'assurance, devant une assemblée d'éminents politiques et spécialistes, elle balaie en quelques mots toute sa période de souffrance psychique.  

"Atteinte de troubles psychiques graves depuis l’adolescence, j’ai quand même pu faire des études (de droit et de communication) et travailler comme assistante parlementaire. Mais j’ai vécu une longue période d’hospitalisation (environ 1 an) à l’âge de 30 ans puis deux années en hôpital de jour. J’ai été diagnostiquée bipolaire puis borderline. … Quand je regarde en arrière, et que je me revois malade, avec des pulsions suicidaires quotidiennes, gavée de médicaments, je me demande qui aurait parié sur moi à l’époque ??!… Moi-même j’étais dans un désespoir total. Je vivais seconde après seconde, dans une souffrance intérieure énorme et totalement incapable d’aller vers les autres et même de m’occuper de moi. J’avais 4 psy et un rendez-vous infirmier chaque semaine. J’ai été placée sous curatelle simple… J’ai été reconnue handicapée à 80% par la MDPH…

Aujourd’hui je suis devant vous  et en activité professionnelle depuis un an après une période de 8 ans sans travail salarié. Je travaille dans le secteur de l’hébergement d’urgence dans une entreprise qui s’appelle Hôtel Services Plus et suis en CDI."

L'entrée en matière de Sophie a été fulgurante. Tous les grands de ce petit monde de l'Elysée étaient bouche-bée devant une Soazic transfigurée. Quand, j'ai vu la vidéo de Soazic à l'Elysée, j'étais bouleversé. Comment penser que quelques années auparavant, elle délirait complètement? Beaucoup  de personnes sur son chemin ont cru, espéré en elle.  Le reste, elle l'a fait.

"Il faut du courage pour décompenser" me disait Véronique Dufief, auteur et professeur de littérature à la faculté de Dijon et elle-même bipolaire. Comment comprendre cela? On décompense à cause d'un terrain fragile certes mais n'est-ce pas dû aussi à une réaction désespérée et inconsciente pour sortir d'un conditionnement que l'on s'est fait à soi-même pour survivre en bloquant la vie  en soi par des serments intérieurs (Cf commentaire n°5)?




 

Comment se laisser rejoindre jusqu'au coeur de sa vulnérabilité?

 

La fragilité psychologique

Psychiatrie, psychanalyse, sessions de guérison intérieure, ont des approches différentes mais possiblement complémentaires.

- Le psychiatre soigne, la plupart du temps, les symptômes d'une maladie nommée psychose.

- Les différentes écoles nées de la psychanalyse cherchent à faire remonter de l'inconscient les blessures qui peuvent expliquer en partie le mal-être.

- Un des outils du chemin de guérison intérieure s'appuie sur une image, celui de l'enfant intérieur et sur une notion importante, l'hypersensibilité.

Les trois approches tentent de consolider ce que la psychanalyse a appelé le "moi". C'est difficile de faire l'économie de ce terme, car il s'est imposé jusque dans le vocabulaire courant. Le "moi", c'est l'identité de la personne, ce qu'elle a de plus personnel, son centre  conscient qui se charge de réguler les conflits intra-psychiques. Freud parle en plus du "moi" du "sur-moi", instance régulatrice qui a intégré les interdits. Freud parle aussi du "ça", réalité psychique interne, pôle pulsionnel de la personnalité, la partie la plus chaotique et la plus obscure. Quand le moi est fragilisé, il ne peut plus régler les conflits intra-psychiques entre le sur-moi et le ça par exemple.

Dans les crises psychotiques, le moi a implosé. Cela relève de la psychiatrie. Dans le soin aux personnes souffrant de psychose, la psychiatrie tente d'unifier le moi en le contenant par la structure institution hospitalière mais surtout par les neuroleptiques.

Quant à la guérison intérieure, le terme d'enfant intérieur est une image visant à décrire un moi fragilisé lors d'un traumatisme remontant à la petite enfance. L'enfant abusé par exemple est incapable d'intégrer toutes les émotions négatives mais aussi positives qu'il se reproche inconsciemment, d'où culpabilité, haine de soi, peur, angoisse, désir de régression. L'enfant intérieur veut dévorer comme le bébé qui veut dévorer le sein de sa mère, il veut qu'on le rassure, qu'on le répare, qu'on lui donne ce qu'il n'a pas reçu. Il peut être despotique et empêcher l'adulte qu'il est devenu de s'établir dans sa pleine stature. Au cours d'une psychothérapie ou d'un accompagnement spirituel, la personne a pu prendre conscience de son enfant intérieur. Au moment opportun, dans la prière, guidé par l'accompagnateur, l'adulte qu'il est, peut faire l'expérience de l'amour de Dieu et, dans le mouvement même de l'Esprit Saint, peut aller consoler son enfant intérieur. C'est un long chemin de patience, de prudence, d'humilité et d'écoute de la part de l'accompagnateur et surtout de l'accompagné.

Le concept  de "moi-peau" du vocabulaire psychologique est très utile pour tenter de comprendre ce qu'est l'hyper-sensibilité. Comme la peau protège le corps, le moi-peau, par analogie, est comme une enveloppe psychique qui entoure le moi, le protège et le maintient dans le réel commun à tous. Pas question de se laisser influencer par les mondes invisibles, inaccessibles au commun des mortels. Comme la membrane cytoplasmique de la cellule, le moi-peau est chargé de faire le tri entre ce qui est bon et ce qui est toxique. Tout ce qui pourrait perturber la personne dans ses dimensions psychique et spirituelles est rejeté, tout ce qui lui est bénéfique est accueilli. Pour différentes raisons, le moi-peau peut être poreux. On peut invoquer des raisons transgénérationnelles. La cause de porosité du moi-peau peut provenir de la pratique du spiritisme, de la voyance, de l'ésotérisme ou même de la sorcellerie que certains ascendants ont pu pratiquer. Elle peut également être les conséquences de tragédies familiales, de secrets de famille des générations précédentes. Aussi injuste que cela puisse paraître, nous naissons avec une valise à double fond. Ce qu'il y a dans le double-fond nous échappe complètement. La porosité  du moi-peau peut nous mettre en contact avec l'invisible. Or il existe un invisible ordonné à Dieu et un autre qui ne l'est pas et qui peut percuter le monde visible.

De plus, l'histoire même de la personne peut être aussi à l'origine de l'hypersensibilité. Par exemple, l'emprise d'une mère fusionnelle peut mettre à mal le moi-peau. Les injonctions paradoxales des parents, l'absence du père peuvent être aussi facteur de porosité du moi-peau. Dans le cas de grandes hypersensibilité, le moi-peau est si balbutiant qu'il ne protège pas des prédateurs. Être hypersensible, c'est parfois être ouvert à l'emprise dans sa vie et perméable au "bas astral" comme le nomme la littérature ésotérique. C'est à dire l'invisible non ordonné à Dieu.

Le moi-peau, c'est ce que Dieu veut renforcer par la prière. Pourquoi doit-il passer par la prise de conscience et par la supplication de celui qu'il veut libérer? Dieu tient à la collaboration de l'homme. De plus, Il veut guérir non seulement les symptômes mais leurs causes. Par exemple, Il veut guérir la relation à la mère mais aussi une éventuelle blessure de l'avortement. Cette blessure est profonde et on n'en parle pas assez comme si avorter était une simple intervention chirurgicale. Ça blesse la femme profondément dans sa capacité à donner la vie. Ça vient toucher une donnée fondamentale de la féminité.


 

Le champ de bataille

 

Pour Adelyne, les digues ont fini par céder. Quand celles-ci ne canalisent plus rien parce qu'un flot impétueux a tout emporté sur son passage, ni la loi, ni l'amour ont alors droit de cité. Le Seigneur y est largement évoqué, tapageusement convoqué mais au nom d'une mise à mort. Vaine incantation car où sont violence et manigance, Dieu est absent!

Adelyne souffre d’une grande fragilité psychologique qui la rend à la fois extrêmement vulnérable mais aussi dangereuse pour l'autre: l'ennemi imaginaire. Certains jours, elle peut déployer une activité débordante. Parfois, elle est tellement envahie par l’angoisse que tout lui est insupportable.

Dès qu’elle se croit agressée, elle peut partir dans une stratégie mortifère et froidement construire un plan de destruction pour son persécuteur du moment. Dans le même temps, elle s’enroule recroquevillée dans un cocooning religieux où elle pense être à l’abri avec son Dieu tel qu’elle se l'imagine. Cette atrophie de son être s’exprime donc, à la fois dans une spiritualité désincarnée et une vie relationnelle où le monde est divisé en deux: les bienfaiteurs et les persécuteurs. Adelyne m'a pris par surprise. Je me suis aventuré avec elle dans ce que j'appelle le "hors cadre". Collaborer avec elle sur des projets associatifs a été très stimulant. Adelyne a bénéficié d'une formation artistique et scientifique d'un très haut niveau. C'est un régal que de penser réunir tous ces dons et les faire fructifier dans des réalisations concrètes, dans des actions solidaires au coeur de la précarité. Les premiers pas ont été le début d'une aventure passionnante. Aucun nuage à l'horizon. Je n'ai pas vu les quelques signes avant-coureurs annonçant la crise; pourtant, je constatais parfois des dysfonctionnements. Pas de réponse à une urgence par exemple comme si la visée du projet avait été mis entre parenthèses. La fougue des premiers temps semble s'être volatilisée, à la place une susceptibilité exacerbée. Petit à petit aucune place pour l'éblouissement, la beauté de l'action, juste une plainte continuelle centrée sur un moi douloureux. L'autre est perdu de vue, il devient encombrant. Une craquelure apparaît dans l'équipe qui autrefois faisaient corps. Sur le moment impossible pour moi de prendre conscience de cette déchirure insidieuse, d'en deviner la cause et d'en imaginer la suite. Soudain tout éclate! Période de crise! La guerre est déclarée, la hache de guerre est déterrée! Une longue et minutieuse stratégie a été au préalable mise en place. Quand. le signal est donné, tout s'affole, tout se crispe, tout s'effondre. Mensonges, divisions, plans d'action s'invitent. Rien ne tient, la cohésion de l'équipe est sacrifiée sur l'autel de la stratégie guerrière. La hiérarchie, les syndicats, les menaces de procédures tout est possible. Un seul but, atteindre la cible. Cette cible c'est moi! Je tombe des nues! Je n'ai rien vu venir.

Comment peut-on en arriver là? Pourtant Adelyne a cheminé: deux sessions de guérison intérieure, divers accompagnements. Beaucoup de personnes autour d'elle pour la soutenir, professionnels de l'écoute, médecins, amis, proches. Que d'énergie déployée pour en arriver à ce séisme. Que s'est-il passé? Adelyne a un noyau paranoïde très fort. Deux directions sont possibles: l'une est extrêmement douloureuse, celle d'aller vers soi et traverser la souffrance d'une blessure jamais refermée, toujours à vif pour rejoindre le centre de sa personne, « l’infracassable noyau », rejoindre le lieu sacré, sanctuaire inviolable de son être passerait alors par la douleur. Adelyne n'a pas pu, pas voulu.

L'autre solution moins douloureuse: projeter cette souffrance sur le mauvais objet que je suis devenu, moi son persécuteur. Curieusement, cette projection négative sur moi la soulage. Adelyne souffre moins. Une montée en puissance d'une haine implacable me cible, moi, le bouc émissaire. celui qui l'avait soutenue, le bon objet, l'ami d'autrefois. Le bienfaiteur que j'étais, mis sur un piédestal, du jour au lendemain est devenu l'homme à abattre. Adelyne va libérer le mal qu'on lui a fait quand elle était enfant et qui continue à déchirer ses entrailles, en le projetant à l'extérieur d'elle-même vers moi, une cible désinvestie, des-installée de son piédestal et vouée au shéol. Toute l'énergie de haine est mobilisée pour me tuer parce qu'on a tenté de la tuer. Tout est permis, le mensonge, les procédures, c'est la guerre! La haine d'un côté et une spiritualité déconnectée cohabitent sans mauvaise conscience comme si attitudes pieuses et guerre pouvaient se vivre ensemble sans contradiction. Il manque le déclic d'une vraie relation à Dieu qui ouvre à une altérité. L’Autre, l'hôte divin l’attirerait alors en dehors de son « moi » douloureux, recroquevillé sur la douleur pour la conduire vers son « moi » le plus personnel, au fond d'elle-même, là où elle  rencontre  la vérité, non seulement de son être mais la Vérité avec un grand V. Cette plongée vers le centre de l'âme, n'est pas seulement un repli sur soi mais ouverture à l'autre. Elle ne s'ouvre véritablement à Dieu et aux autres que dans une intériorité authentique telle que le décrit Maxime Gimenez.

Lorsque l’on parle d’intériorité, on songe spontanément à cette sorte de repli introspectif sur soi que suggère le mouvement d’intériorisation ; mais si la «plongée» ne s’effectue que dans un sens, à savoir dans la profondeur de sa propre subjectivité, on est encore bien éloigné de l’intériorité authentique. L’intériorité n’est pas un état d’esprit mais un mouvement de l’esprit, elle est infiniment plus proche de la compassion que de l’introversion. Le mouvement de l’intériorité consiste, précisément, à se rendre proche de ce qui « est », il consiste à se tenir dans la proximité de ce qui « est », tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de soi, en sorte que l’on parvienne à se situer en conscience au cœur de tout ce qui « est », par le fait de pouvoir se maintenir consciemment dans le mouvement pur de la vie où s’opère la réconciliation permanente entre l’intérieur et l’extérieur de toute réalité. Loin d’être un repli sur soi, l’intériorité est une attitude de non distance vis-à-vis des êtres et de soi-même, par la vertu d’une ouverture totale du cœur. Maxime Gimenez.

C'est ce que n'a pas pu faire Adelyne. Hélas, l'autre voie qui consiste à répéter arbitrairement sur une cible tout le mal reçu résiste à toute remise en question. Le moi morcelé qui trouve sa consistance dans la guerre est si fragile que renoncer à projeter sur l'autre la violence reçue en baissant les armes, abattre les murailles, est un trop gros risque. Le moi pourrait imploser et ça serait alors l'entrée en psychose.

 

Comment comprendre que les ténèbres puissent ne pas accueillir la lumière?

 

Entre manipulation narcissique et spiritualité authentique?

La prédation narcissique se vit sur fond de traumatismes et de pathologie. Cette tendance à l'emprise avance masquée, affleurant parfois à la surface. N'apparaît pas  de signe clinique évident de maladie psychique. La souffrance du manipulateur est cependant  significative. Elle s'allège dans l'emprise car une partie de la souffrance est libérée dans la projection narcissique sur le manipulé qui devient cible.  Le manipulateur est passé lui-même par une période de souffrance psychique. Parfois même, il a vécu une conversion radicale. Il semble alors avoir surmonté sa fragilité. Sa conversion lui a permis d'être regardé, espéré, soutenu. Cependant, le manipulateur narcissique considère toujours l'autre en fonction d'une gratification égoïste. L'autre n'existe qu'au regard de l'utilité qu'il peut en tirer. Quand il résiste, quand aux yeux du prédateur, l'autre devient l'ennemi, un  brusque  revirement prend à contre-pied la cible, le soi-disant persécuteur. Des éléments basiques du "savoir vivre ensemble" sont balayés par le manipulateur narcissique, en contradiction profonde avec la foi, la bienveillance, le bien commun, le respect humain. Pourquoi sans crier gare emprunter un chemin de destruction, une voie sans issue? Malgré une conversion sincère, un passage impossible que le manipulateur ne peut ou ne veut pas faire (peut-être ne le fera-t-il jamais), c'est celui du décentrement de soi, plongée en soi certes, mouvement  vers soi mais aussi mouvement d'ouverture tourné vers plus que soi. En fait, cette plongée du début de la conversion est consolante mais à  un moment donné, elle exige un décentrement et une ouverture  à l'autre, considéré, non plus comme objet utilitaire, mais comme sujet de la relation et ça, c'est douloureux. Faire le passage à plus que soi, s'ouvrir à l'altérité à partir d'un moi fragilisé, demande beaucoup de courage. Au début, dans le mouvement vers soi où Dieu attire grâce à des gratifications stimulantes, tout semble aller de soi. Mais l'aridité spirituelle qui immanquablement suit cette période de consolation, est comme un signal: il est temps de passer d'un mouvement de plongée en soi, mouvement centripète à un mouvement d'ouverture, mouvement centrifuge. Ce passage à l'ouverture est comme une traversée du désert pour rejoindre la terre promise. Avec angoisse, il faut poser un pied dans l'inconnu, le pas qui suit est tout autant angoissant et l'autre aussi, pas de répit au cours de cette marche. Arrive un moment où le manipulateur rebrousse chemin à cause de la peur de l'inconnu. Il tourne les talons et revient en Égypte, en esclavage et maintient l'autre en sa propre prison. Là, il est en terrain de connaissance.

Exister dans une souffrance connue plutôt que d'affronter une souffrance inhabituelle est une tentation pour chacun d'entre nous. Pour cela il est possible d'user et d'abuser de vieux schémas: haine du bouc émissaire, projections paranoïdes sur l'autre, l'ennemi imaginaire, stratégies de survie dans l'emprise de l'autre, addictions, spiritualité centrée sur soi, tout un arsenal pour éviter une remise en question qui mettrait en danger la citadelle imprenable, pour ne pas risquer de se sentir démuni, livré à l'inconnu. Pourtant ce passage est nécessaire pour ouvrir un avenir de plus grande liberté. L'enjeu de cette douloureuse remise en question, c'est de renaître en terre promise. Mais là encore, il faudra continuer à se battre, comme les Hébreux contre les Amalécytes, redoutables guerriers que les Hébreux ont dû combattre à l'entrée de la terre promise.

 

 

 

 

 

Les deux schémas qui suivent racontent deux mouvements, l'un vers la vie et l'autre vers l'enfermement. Ce choix n'est pas, définitif. Il est dans la nature humaine de pouvoir reposer les choix, à chaque fois, si nécessaire. Il reste vrai que dans l'endurcissement du coeur, la liberté de choisir la vie, se réduit peu à peu.  

 

 

 

 


 

Ce chemin de la vie intérieure qui s'ouvre vers plus d'altérité et de compassion n'est pas une décision une  fois pour toute. Il est à re-choisir sans cesse, à chaque faux pas, à chaque remise en question, à chaque prise de conscience, à chaque événement exigeant un déplacement. Il s'agit de re-choisir le mouvement centrifuge quand est discernée la tentation du retour aux anciens comportements capables d'emmener à nouveau dans la spirale du mouvement centripète, autour du moi despotique, dans le choix du mode addictif. C'est dire que l'aventure humaine et spirituelle n'est pas un long fleuve tranquille. Elle est une aventure passionnante et exigeante. Encore faut-il accepter humblement que Dieu veut œuvrer jusqu'au coeur de nos limites et de nos défauts.



 

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