• Facebook Clean Grey
  • YouTube Clean Grey

Catherine de Sienne

 

Imaginez que vous ayez un modeste artisanat de teinturerie en Italie et que vous soyez père de 24 enfants. Voici que l’un de vos enfants se met à voir des saints au ciel, à refuser toute alimentation, à passer ses journées dans sa chambre, à fuir comme une folle dès qu’un de vos apprentis rentre dans un atelier, à transformer sa chambre en cellule de moine et à se flageller… La marier pour qu’elle aille mieux ? Mais pour éviter tout mariage, elle s’enlaidit exprès et se coupe les cheveux qu’elle avait fort jolis (blonds comme les blés dans un pays où c’est une denrée rare et prisée). Et comment marier mes filles ? Et surtout depuis que les affaires vont mal, très mal, et vous apprenez maintenant que ce sort peu enviable est le résultat des prières que cet enfant a faites pour que vous puissiez choisir une pauvreté non volontaire alors que votre devoir d’État n’est toujours pas rempli.

Mais qui est cette fille ? une anorexique masochiste hallucinée qui rend sa mère folle et ruine son père ? ou une illettrée devenue docteur de l’Eglise qui transformera son siècle ?

 

Qui est Catalina Benincasa ?

 

2.1. Son époque

 

2.1.1. Similarités avec la nôtre :

- la morale est tiède, ou attiédie. Le confort du « on ira tous au paradis » est aussi présent qu’aujourd’hui, favorisant un grand relâchement des mœurs. Jésus parlera à Catherine et lui dira : « c'est avec le bras de la miséricorde qu'ils m'offensent (p.170) ».

- Le système politique est en crise : mais à l’époque c’est le système communal des villes-états italiennes (république de Florence) qui est en crise, et il n’en a plus pour longtemps car les villes sont dispersées face aux incursions étrangères – que parfois on appelle pour se défendre, pour ensuite maudire les occupants-.

  • Réponse de Catherine : son message politique. Rappelons d’abord la définition de Thomas d'Aquin : la sainteté c'est la liberté de l'amour. Cette vierge illettrée va montrer une liberté époustouflante, écrivant aux plus grands et disant son fait aux plus puissants.

 

2.1.2. Différences avec notre époque.

 

Le quattrocento semble rimer avec jolies fresques et avancées culturelles paisibles… C’est en fait un siècle terrible : en 1348, la peste noire, qui ne vient pas qu’une fois mais opère des retours…. Va faire disparaître 25% de la population européenne, et sont spécialement touchées les villes que connaît Catherine de Sienne et de Florence. Le Quattrocento, c’est aussi le siècle du grand schisme avec un pape, un anti-pape élu par les mêmes cardinaux…. Et même un troisième un moment donné !

 

La femme de ce temps n'est pas censée lire et écrire. La bourgeoise a les clés de la maison et des placards avec les valeurs, et elle sait compter, mais Catherine est – comme la plupart- illiterata (elle ne lit pas le latin) . C’est seulement vers la fin de sa vie qu’elle obtiendra une nuit une aide miraculeuse pour apprendre à écrire. Cela ne l’empêchera pas d’enseigner car elle aura eu Jésus directement comme maître. A tel point que dans l'iconographie médiévale on la représentera assise à la cathèdre (le siège d’enseignement de l’évêque, ce qui a donné le mot cathédrale) siégeant avec le Christ. Mais pour l’heure, les dominicains, l’ordre enseignant par excellence de l’époque, sont sceptiques et le frère théologien Raymond de Capoue est envoyé pour enquêter. Il sera tellement convaincu qu'il la défendra durant sa vie et après sa mort dans sa biographie. Sa défense sera aidée par la nomination du bienheureux Raymond de Capoue comme maître général des dominicains, poste qu’il occupera jusqu'à sa mort en 1399.

 

Mais la vierge Catherine est aussi une épouse du Christ. A 20 ans en 1367, les épousailles se font par un échange des cœurs. Tertiaire dominicaine, elle est comme Dominique, vierge martyr en esprit. Son martyre sera signifié par les stigmates (invisibles à sa demande) qu’elle recevra en 1375 à Pise.

 

2.2. Son pays

 

Des villes-états, comme nous l’avons dit, à l’intérieur de fédérations ou de royaumes plus grands (Etats du pape, Saint Empire romain-germanique, duché de Mantoue, maison de Savoie, de thalassocraties rivales (Gênes, Venise) etc). Une situation peu stable et qui évolue selon les ambitions des Medici et autres familles et clans alliés ou ennemis.

 

2.3. Sa famille selon la nature

 

Famille aimante et unie, de 24 enfants, le père est teinturier, la mère forte femme, mais Catherine a le besoin de s'en libérer pour une vocation très particulière et peu compréhensible par tous et surtout pour les plus proches. La plus proche de ses sœurs est Bonaventura qui, mariée, mourra très vite.

 

Comme expliqué auparavant, Catherine va pleurer auprès du Seigneur afin qu'il mette fin à cette prospérité familiale puisque les bien sont sources de maux... et elle sera exaucée : sans aucune faute de sa part son père va faire faillite

 

2.4. Sa famille selon la grâce

 

Quelle est sa vocation ? Comment se considère-t-elle?

 

Catherine a comme modèle Marie-Madeleine qui a beaucoup aimé, et surtout son sauveur. Comme elle, elle est une pénitente (car elle se sent coupable et ayant à souffrir pour tous les péchés des hommes), et elle va devenir aussi, comme elle, une apôtre des apôtres. Comme pour Jehanne d'Arc les saints qui lui apparaissent disent quelque chose de sa vocation. On peut dire que tout est déjà signifié lors de sa première apparition à l’âge de 6 ans lorsqu’elle voit Jésus est en habit pontificaux entre Pierre et Jean au-dessus du couvent des dominicains en face de sa maison. Tout y est : Jésus va lui parler et elle aura un rôle pour défendre Son Eglise et le Pape (le défendre des autres et de lui-même) par l'habit et l'appui dominicain.

 

Le nom est aussi la vocation…

 

Catherine n’est pas un nom si courant en Italie à l’époque. D’origine grecque ,il signifie pur et immaculé. Catherine d'Alexandrie est la vierge qui devra répondre devant de la doctrine chrétienne devant les plus grands sages païens de son époque. C’est à ce titre qu’elle apparaîtra à Jehanne d'Arc pour la préparer face aux théologiens.

 

Si la théologie qui se détache des « dialogues » ne semble pas très mariale", la tertiaire dominicaine Catherine de Sienne apprendra pourtant de Jésus que c'est Marie qui a donné l'habit à Dominique (p562)

 

Des habitudes curieuses…

 

Catherine vit un jeûne stupéfiant. Elle se cache pour –selon son biographe- "flageller son petit corps" jusqu'au sang avec une chaine de fer et nombreuses (une séance de 90 mn pour elle, une pour les vivants, une pour les défunts). Elle répare pour les autres et ne s'arrêtera qu'à cause des infirmités.

 

Catherine dominicaine.

 

Après un examen très rigoureux, Catherine est acceptée avec son habit dominicain… qu’elle avait choisi depuis l’âge de 6 ans à cause de la première apparition. Elle va faire même bien mieux puisque à travers une disciple devenu supérieure des pénitentes dominicaines (tertiares laïques, les ‘mantelate’), elle va réformer l’ordre d’abord des femmes puis des hommes.

 

Mystique

 

Avant sa mort physique elle aura rencontré mystiquement, Dominique, François, Benoît, Augustin... et comme nous l’avons vu en commençant déjà à 6 ans. Jésus lui enseignera quelques leçons de sagesse à partir de la vie de ses saints : François d'Assise (p560) et de Dominique (p561) à propos de la malédiction de la richesse dans les ordres religieux, de Thomas d'Aquin (p563), de Pierre de Vérone martyr en 1254 (p563) etc.

 

Sa postérité aujourd'hui

 

Catherine est l’une des quatre femmes docteurs de l'Eglise catholique romaine (avec les deux Thérèse (Avila et Lisieux) et Hildegarde de Bingen, c’est-à-dire dont l’enseignement (eminens doctrina) -s’il est suivi- est capable de nous sauver.

 

Ecrits laissés : Ses lettres aux petits et aux très grands de l’époque, mais surtout ce qu'elle appelle "le livre" ou "mon livre", et que nous appelons les dialogues, l’enseignement que Jésus lui-même lui donne et qu’elle dicte de mémoire. C’est beaucoup pour quelqu’un qui jusqu’à très tard ne savait ni lire ni écrire.

 

Dernier titre, le pape Jean-Paul II en a fait la co-patronne de l'Europe (avec Benoît proclamé par Paul VI auquel Jean-Paul II a ajouté Cyrille et Méthode, Brigitte de Suède, Thérèse-Bénédicte de la Croix… et Catherine).

 

Où la prie-t-on?

Son corps est à l’église romaine des dominicains, église de la Minerve (Santa Maria sopra Minerva).

 

2.5. Grandes dates

 

Catherine est née en 1347 et meurt en 1380. Elle meurt donc à 33 ans, un âge qui nous est familier de par son époux et maître. Entre ces deux dates, quelques seuils de sa vie : entre18 et 20 ans, elle cesse de s'alimenter. Sans aucun mérite de sa part, dira-t-elle, puisque son corps lui-même refuse (selon leur niveau de foi les historiens parleront d’anorexie ou de phénomène mystique).

 

Quelques dates encore… Ses échecs et victoires (à vue humaine…)

 

Victoires

 

  1. Retour du Pape Grégoire XI à Rome le 13 janvier 1377, mais Catherine n'aurait fait que lui confirmer une décision préalable.

  2. Catherine a réformé les dominicains à partir des dominicaines de Pise dont la supérieure est une disciple ;

  3. Victoire sur son dégoût : l’histoire de la plaie d’Andrée (BioCapoue 162,168) ;

  4. Victoire sur le défaut particulier. Ici sur la vanité (BioCapoue 41) ;

  5. sur la gourmandise et sur la faim (BioCapoue 62) ;

  6. en récompense d’un acte héroïque contre son dégoût, elle reçoit la grâce de connaître à simple vue (et odeur…) l'état spirituel des personnes (BioCapoue 159)

 

Echecs

 

  1. le retour du pape se fera mais au prix d'un schisme en 1378 avec les mêmes cardinaux qui ont élu Urbain VI… anti-français et paranoïaque, ils éliront un anti-pape plus conforme à l'intérêt français Clément VII

 

Signes personnels de l’alliance.

 

  1. Reçue comme tertiaire dominicaine en 1365.

  2. Fiançailles : l'échange des cœurs. L’iconographie représentera souvent Catherine de cette manière, tenant un cœur, le sien, ou celui du Christ.

  3. Les stigmates : elle demandera par modestie qu’ils soient invisibles.

 

2.6. Les ouvrages pour nous donner accès à son enseignement.

 

2 principaux :

  • La biographie du bienheureux Raymond de Capoue. Nommé pour l’examiner et devenu son confesseur, il sera le premier propagateur de son culte et défenseur de sa sainteté. Elu maître général il mourra en 1399.

  • Les dialogues. Elle appellera « le livre » ou son livre.

 

Que sont les « Dialogues » ?

 

Jésus va répondre à 4 demandes énoncées au début et récapitulées au chapitre 166

  1. Connaissance de soi-même et de Dieu

  2. Miséricorde pour le monde

  3. Délivrance pour l'Eglise

  4. Demande de Catherine que Dieu punir sur elle-même les iniquités des gens d'Eglise

 

Les réponses à ces 4 questions ou soucis forment un enseignement qui sera divisé en traités : Traité de la discrétion, de la providence, de l’obéissance…

 

La réponse à la connaissance de soi-même et de Dieu (1) tient en une phrase (ou deux) :

Je suis et tu n’es pas. Et cette deuxième phrase qui elle aussi produit une infinité de fruits pratiques lorsqu’elle est méditée : Pense à moi, je penserai à toi.

 

3.1. La relation à Dieu ; Pense à moi et je penserai à toi

 

Ce qu'elle (ou plutôt Jésus) enseigne sur la vie d'oraison :

Il y a des degrés, des états spirituels. Les larmes sont le signe du passage d'un état spirituel à un autre (278). Ces degrés sont au nombre de trois et les les cinq types de larmes séparent trois états intérieurs (280ss jusqu’à 308)

 

Les différentes larmes (280) sont :

 

  1. larmes de damnation pour les iniques

  2. larmes de crainte pour les esclaves

  3. larmes de douceur des spirituels "gâtés"

  4. larmes parfaite des pleurs de charité

  5. larmes de douceur parfaite

  6. larmes de feu de ceux qui pleurent de ne pouvoir pleurer

 

Les 3 états de l'âme vont de mercenaire à serviteur à fils (185), allant de la loi de Moïse à la loi d’amour (188).

 

 

 

Le temps de la vie est celui de la miséricorde et ensuite vient celui de la justice pour les mercenaires et les serviteurs (189). Le purgatoire pleure le temps gaspillé et espère nos travaux pour eux (522).

Il existe une véritable béatitude dans les douleurs pour ceux qui me désirent et qui souffrent par compassion ou par mortification à l'image du Christ (329). Nous avons une obligation de mieux le connaître Dieu pour pouvoir mieux l’aimer, en contemplant la personne du Christ, en méditant ses actes, en étudiant la doctrine qu’il nous a laissé. Cette connaissance est un instrument pour aimer.

 

  1. Une conséquence pratique du « Je suis et tu n’es pas » est que notre seul souci doit être de plaire à Dieu (BioCapoue 97) par l’obéissance, la persévérance, dans la haine de notre sensualité, dans l’humilité (connaissance de soi et de Dieu), vers la patience qui vainc tout (232). Patience ou impatience sont les « moelles » de la charité ou de l'orgueil (421). Si l'être aimé parle avec d'autres mon sentiment se purifie par une meilleure connaissance de soi, ainsi mon amour pour Dieu doit se purifier dans l'absence de consolations (504). La pureté parfaite c'est d'être uni au Christ, feu qui purifie l'âme et la rend inaltérée par le scandale (325). Nous avons été créés pour la vie éternelle qui est manifestée dans le sang du Verbe fils unique et dans son obéissance (597).

  2. Deuxième traduction du "je suis et tu n'es pas" : tout bien procède de la charité divine ; tout mal procède de l'amour-propre (420-1). Les mortels en vie sont dans le temps de la miséricorde... en attendant le temps du jugement (258). Notre vie continue par Son amour (263). Nous serons jugés sur l'amour (441), dans l'amour pour l'obéissance (590). Chacun reçoit selon la mesure de son amour (589). Dieu nous dit : « je vous ai créé sans vous mais je ne vous sauverai pas sans vous (550) ». Seule la charité entre au Royaume (586) mais les autres vertus l'ont conduite jusque-là. Cette intensité de l’amour avec lequel nous faisons les choses est l’explication de la parabole des ouvriers de la dernière heure (590).

 

L’orgueil, l’avarice et l’impureté d'esprit et de corps soutiennent tous les autres vices (429). Nous sommes comme une ferme et il y faut la nécessaire eucharistie pour nourrir le chien de la conscience qui prévient du danger, et la vision du sang du Christ pour que l'âme s'embrase de la haine du vice et d'amour de la vertu (428). Les mondains rendent gloire aussi à Dieu en éprouvant les justes qui en sortent grandis (258).

 

3.2. Ce qu'elle nous apprend sur le management de soi

 

Redisons-le « je suis et tu n’es pas » et déclinons les conséquences. Le premier principe est donc de savoir qu'on n'est rien (37), et d’avoir la « haine de soi ». La haine de soi est une notion très peu à la mode. Ici la haine de soi part d’une base connue de tous à l’époque : tout ce qui vient vraiment de moi n’est que péché ; tout ce qui est bon en moi vient de Dieu, de Son esprit. La lumière de la foi permet de voir la vanité du monde, la fragilité qui est la nôtre, la racine de l'amour sensuel pour nous qui est en nous (317-8). Voilà le soi qu’il faut haïr et on comprend mieux l’expression « haine de soi ». Ces vices de l’enflure de soi entraînent faux jugements, cruautés etc. De cette haine de soi va naître des pratiques concrètes, et on est frappé de ce point de vue par la virilité de la foi de Catherine. Elle a appris qu’on peut être martyr en esprit (c’est le cas de son père dans l’ordre St Dominique (564). Sa souffrance est acceptée, elle est même recherchée puisque lorsqu’enjointe de choisir entre la couronne d'épines et celle de roses elle choisit les épines. Catherine sait que notre corps fragile est occasion d'humilité (317), que la souffrance est pierre d’achoppement : sérénité pour les patients humbles (552), elle est inutile lorsqu’elle est due à l'impatience des désobéissants (554). Etre injuste c'est se lamenter sur son sort plutôt que sur l'offense faite à Dieu (128).

 

De son enseignement sur le « management de soi », on tire 3 vices principaux (129) :

 

  1. L’amour de soi

  2. Le désir d'être considéré

  3. L’orgueil

 

Les 3 vertus contraires à gagner dans le combat sont :

 

  1. L’humilité et haine de soi ;

  2. L’obéissance et patience ;

  3. La chasteté et la charité (568)

 

Les vertus ont pour fruit et pour signe la patience, vertu reine par excellence (306). Patience dans l’épreuve, avec les ennemis, les fâcheux, la maladie… Les pauvres du Seigneur sont pauvres d'intention (523). L'homme est comme un arbre avec les fleurs de nos pensées, les feuilles de nos paroles et les fruits de nos actes, arbre qui se dirige vers le ciel ou vers la terre (298). Le Seigneur préfère nos fruits à nos feuilles (313). Les branches parfois retournent vers la terre et tout paraît lourd à un cœur froid, lourd et ce sera peu profitable (581). Le désespoir de Judas fut plus pénible à Jésus que sa trahison (128). En effet, le péché de désespérance est celui qui ne peut être pardonné, puisqu'il considère le péché supérieur à la miséricorde (444). L’enfer des damnés est fait de 4 tortures (129) : la privation de la vision de Dieu, le remord, la vision des démons et de leur chef, le feu.

 

Résumons dans ce tableau :

 

Vertus et vices correspondants selon la relation de cause à effet chez Catherine de Sienne

Amour propre,

Amour de Dieu, charité

 

Orgueil, vanité (désir d’être considéré)

Haine de soi, humilité

 

Volonté propre

Sans volonté propre

Celui qui donne de sa volonté gagne la charité, la plus parfaite des vertus 573

Transgression et désobéissance et infidélité

Obéissance, foi et confiance

 

Intempérance, impureté,

Tempérance, pureté, chasteté

 

Impatience, colère, emportement

Patience dans la perte de tous les biens (même honnêtes et dignes d’être recherchés : santé, silence, grâces…), bienveillance, douceur

 

Présomption

Espérance

 

Mauvaises fréquentations

Bonnes fréquentations

 

Injustice, cupidité

Justice, pauvreté

 

Cruauté

Pitié


 

Connaissance biaisée, faux jugements

Connaissance dépolluée… jusqu’à la connaissance de l’état spirituel des personnes

 

 

3.3 la relation au prochain

 

Quelques principes de la relation au prochain (3.3.0). Ces prochains peuvent être selon l’échelle sociale inférieurs (3.3.1), égaux (3.3.2) ou supérieurs (3.3.3). Ils peuvent même être la société toute entière (Caritas Politica 3.3.4).

 

Si le « je suis et tu n’es pas » se traduit par « Je suis celui qui suit ; les hommes ceux qui ne sont pas » (385), la disparition attendue est celle du moi et surtout pas celle du prochain. L'autre est certes aimé pour lui-même et parce qu’il est imago Christi, mais le prochain est aussi un comme test (44) grandeur nature de ma générosité et patience. Le langage de Catherine jour sur l’ambiguïté des termes italiens : le Principe est à la fois début, tête, principe, commencement), le medio est à la fois milieu et moyen), il fine (le but, et non 'la fine') (180). Le « principe » : le « M'aimer par dessus toute chose » de Jésus, et c’est aussi Il fine. Le moyen (et milieu qui rejoint début et principe), c’est le prochain. On n'offense Dieu qu'à travers le prochain (46).

Ce test est une suite d’épreuves : Le saint esprit nous donne la volonté pour nous rendre capable d'aimer (601), même son ennemi (en termes forts) (555-6), car ma vertu grandit grâce au vice de l'autre (52). Le juste est patient et ne se scandalise pas du mal reçu car il sait le bien reçu (471) à travers ce mal pour le faire grandir. Tous les maux proviennent des manques d'amour de Dieu et du prochain (44), l’amour propre est principe et fondement de tout mal (47), l'amour propre déréglé se prive de la raison 108. Nous sommes soumis à des épreuves pour croître dans la foi et l'espérance (535).

 

Les classes de prochains : catégorisé

 

3.3.1 : avec les humbles.

 

C'est le riche qui se détourne du pauvre qui pue (et non le pauvre) (520), et ce devait être souvent l’inverse (Catherine a acquis vers la fin de sa vie la capacité à voir et sentir l’odeur de la sainteté ou du péché chez l’autre).

 

3.3.3. : avec le pair.

 

Avec le prochain égal à moi-même, s’il est en état de péché, on pratique la correction fraternelle, on reprend son prochain en s'accusant soi-même (331), et on le corrige avec l'exemple (405). On ne laisse donc pas passer le désordre (pas de ce qu’on appelle dans les organisations aujourd’hui « la lâcheté managériale » avec le collaborateur ou le collègue (382) mais on montre l’exemple et on s’accuse soi-même du péché de l’autre puisque la tentation est aussi en soi.

 

3.3.3. : avec le supérieur

 

Le supérieur dans l’ordre ecclésial : Catherine nous indique l’humble conduite à tenir vis à vis des prêtres, même indignes (390).

Le supérieur dans l’ordre social ou communautaire : On ne peut que souligner la très grande importance de l'obéissance, puisque c’est le nom de l'un des traités : jugés sur l'amour.... de l'obéissance (591). Catherine va jusqu’à parler de perdre toute opinion personnelle, de n'être plus qu'obéissance (593). Et puisque le mérite se mesure à l'amour de celui qui obéit, l'obéissant gagne à obéir à un supérieur imparfait car il en acquiert plus de patience (587-8). (Encore un langage très peu politiquement correct dans cette période anti-sectaire)

 

3.3.4. "Caritas Politica"

 

Enfin le prochain, c’est aussi en élargissant la sphère, celle de la communauté, de sa ville, de la société toute entière. Catherine la prophétesse écrit aux plus grands de son temps. C’est un peu le contraire du mot de Péguy sur la "mystique qui dégénère en politique" : ici c'est la mystique qui fait de la politique en faveur de la réforme, de la vraie pauvreté dans l'Eglise, de la fin de la guerre Angleterre-France (qui allait durer 100 ans), de la croisade pour évangéliser les musulmans, du retour de la papauté à Rome (Urbain V avait essayé en vain), de la paix entre Florence et Rome, de la fin du schisme par l'acceptation du premier élu (Urbain VI, pourtant odieux à beaucoup) contre le deuxième Clément VII qui lui sera soutenu par le dominicain très populaire et aussi très saint Vincent Ferrier.

 

3.4. la relation aux choses

 

Puisqu’il est et que je ne suis rien, tout est don et je ne suis qu’un intendant éphémère qui sera jugé sur ma gestion. Tous les biens sont bons, mais leur amour désordonné est pourriture (529). S'enorgueillir des dons c'est être voleur et pillard de quelque chose à rendre, par le biais des pauvres ou de l'Eglise (434). Il vaut mieux laisser le soin des choses aux autres, laisser les morts enterrer les morts (419).

La richesse appauvrit et tue l'âme et nous rendent esclave de ce qui nous est inférieur, au lieu de ne servir que Dieu, fin de l'homme (528). la volonté de richesse apporte l'orgueil, l'injustice, l'avarice, la gloutonnerie, l'impureté... (527). Le cupide est donc cruel avec lui-même (527-8) et le portillon de la richesse est très difficile pour ceux qui ont gardé richesse et volonté propre (566. On ne peut payer qu'avec ce que l'on a et le démon ne paie qu'avec des tourments provoqués par l'orgueil (431). Le choix de la pauvreté a du sens. Ceux qui ont choisi la pauvreté ne sont jamais morts de faim (535). Dame pauvreté est un royaume de paix (sans guerre car sans injustice) (534), y règnent bienveillance et amour du prochain, persévérance et prudence (534). Mais quelle est l’intention derrière ce choix ? Bien que recherchant la pauvreté, les philosophes (pré-chrétiens ou non-chrétiens) ont gagné la mort éternelle, parce qu'ils ne l'ont recherché que pour la gloire (526). La connaissance n’est pas neutre puisque la science est bonne quand le savant est humble et honnête, la science est un poison sinon (417-8).

 

4. Qu'en faire?

 

4.1. Comment agir avec Dieu ?

 

Faire oraison, comment prier.

 

Que doit faire le rien de son rien et que doit-il faire avec le tout ? S’il est et que je ne suis pas. S’il pense à moi si je pense à Lui, alors il ne faut jamais abandonner le fil de vie qui me soutient dans l’être ; ne jamais abandonner l'oraison (sauf obéissance ou charité) (209). Une oraison vitale et une prière permanente, vocale et mentale. Oraison mentale ou vocale ? La méditation et l’union est préférée puisque la prière vocale doit être abandonnée lorsque l'âme est visitée (216), et si cela ou la charité envers le prochain nous fait rater des prières récitées (216), pas de scrupule. Il ne faut pas prier vocalement sans prier mentalement (213), sans penser à ce que l’on dit. C’est une incitation à prier (29) qui décrit très bien (sans l’utiliser encore le terme de) l’union transformante (29) : Le sentiment d'amour équivaut à une prière continuelle (218). Le prier, c’est Le désirer parce que ayant connu Son amour (233), et tout exercice (prières vocale ou mentale) a pour but l'amour de Dieu et du prochain (224).

 

L'oisiveté c'est de ne pas prier (570) mentalement -ou au moins oralement si la lutte est trop lourde-. Par exemple, la prière vocale de chanter et psalmodier la nuit (430). Il faut apaiser la colère divine par une prière humble, sainte et continuelle 85, hurler sur le cadavre du genre humain et sur les malheurs indescriptibles qui l'attendent (345). Catherine y met une grande et solennelle responsabilité : la seconde qui vient est un point de bascule : de moi seul dépend le monde car je suis à l'origine de tous les péchés 10. « Punissez les autres sur moi », Catherine se hait par amour (33) et nous demande d’en faire autant, un double hélice vers le ciel faite d’expiation et de désir 34, la charité comme infini pour sortir du fini (34-35). En effet, le fini (moi) qui désire infiniment l'infini (Dieu) peut enfin expier quelque chose qui le dépasse infiniment : la faute infinie puisque l'offensé est infini (trad du 41). Autre prière qui plait à Dieu : « Tu ne veux pas nous sauver sans nous : je te supplie donc de forcer leur volonté et de les incliner à vouloir ce qu'ils ne veulent point (457) »

 

Que faire quand Dieu semble se retirer (203 & 205) ?

As-tu besoin de consolation pour rester fidèle à l’oraison ? préfères-tu le don ou le donateur ? es-tu mercenaire ou Fils? NOTE 194. "Où étiez-vous lors des tempêtes de la tentation ? J'étais dans ton cœur. Je n'abandonne pas ceux qui se confient en moi." La consolation retirée de l'oraison pour tester la perfection de notre amour (192).

 

4.2. : avec le prochain.

 

La charité pour les égaux et les inférieurs, l’obéissance pour les supérieurs, le rappel de Dieu aux puissants…

Catherine -et Jésus- utilisent une image classique, celle du corps humain comme usant de la charité entre membres et exemple pour toute société humaine (520) : La répartition des talents et des biens dans la société humaine est faite pour la charité réciproque (520). Hélas, toutes les « charités » ne procèdent pas de la charité divine : Le bien fait sans état de grâce ne donne pas de vie éternelle mais vaut tout de même la peine par des retours en biens temporels ou en temps rajouté pour se convertir (297).

 

4.3. Avec les choses.

 

La Providence

 

Dieu s’occupe des siens : le peuple juif a toujours eu des prophètes jusqu'à Jésus-Christ (470). Le Christ nous dit par Catherine : « Je donne toujours selon les besoins de votre salut ou de votre avancée vers la perfection (223), même l'apparent mal concourt au bien ; même les méchants participent de ma providence en éprouvant les bons (258-9, 471) ; même les démons sont serviteurs de Dieu en punissant les âmes de l'enfer (260).

 

Argent et providence.

 

Chercher et trouver la liberté du détachement. Le pauvre par choix ne craint plus 571. Celui qui lâche ses richesses passe de maladif à sain et robuste... et heureux 537-8, car la Providence pourvoira toujours à ce qui est nécessaire pour rendre la santé ou s'y maintenir 465 (… ou pas NDLR). Entrer dans un ordre mendiant est une stratégie habile pour se sauver.... si on est fidèle aux 3 voeux 566-7

 

4.4. Images pour mieux saisir l'économie divine, lumières pour mieux aimer

 

On lira avec profit tout le résumé de cette économie divine au chapitre XV p77 du livre des dialogues. La mission du Christ y est relatée (322). Elle se résume ainsi : La loi ancienne était loi de crainte, mais son imperfection est lavée dans le sang du Christ qui est loi d'amour puisque le mal est réparé  (272). Il n'existe pas de peine dans le temps fini, capable de d'expier la faute commise contre l'infini de Dieu (595) par la mort de Son Fils, mais le pont du Verbe entre ciel de la nature divine et terre de la nature humaine le permet : il faut gravir trois marches de l'intelligence, la volonté, la mémoire et les trois gradins des pieds (état imparfait), du côté (état parfait), de la bouche (état très parfait de l'union de l'âme) (596).

Quant à la personne de Jésus…

Jésus avait la vision béatifique (547) durant sa vie terrestre. Il est aujourd’hui présent par son Eglise (108), et revêtir le Christ c'est aussi revêtir sa doctrine (265).

 

Pourquoi nous expliquer par autant d’images ?

 

Pour leur valeur pédagogique, symbolique, analogique. La parabole se nourrit de figures de travail, de famille, de figures géographiques et cosmiques pour dire l’indicible et faire œuvre utile en enseignant. La vie même du Christ est figure. Tout l’ancien testament n’est compréhensible qu’à la lumière du Christ et tous les actes du Christ sont des figures pour nous instruire (514). A travers Catherine, Jésus s’adresse à nous tous et pas seulement aux théologiens aguerris.

 

Images liées à des activités humaines

  • manger : le salut des âmes est comme une nourriture (552)

liées au travail :

  • le pêcheur : lancer ses filets dans la nuit du péché mortel c'est se fatiguer en vain, avant l'aube de la grâce 514-5 ;

  • le soignant : oindre et soigner : l'humilité comme onction qui permet de ne plus convoiter 552

  • le forgeron-serrurier : La clé de l'obéissance pour la porte du Christ (546) (la clé de l'obéissance que Jésus donne pour cette porte (550) ; lumière de la foi et main de l'amour pour ouvrir cette porte du ciel (550). La clé d'Adam jetée dans le fumier de l'impureté, rouillée par l'amour propre, écrasée par le marteau de l'orgueil et le Verbe forgeron qui la redresse et la purifie dans le feu de la charité de son sang (550). Le signe de la perte de la clé de l'obéissance est l'impatience (551).

  • Le (mauvais) cultivateur : Le talent enterré sous la terre de l'amour-propre (445) ;

    •  

 

Images liées à la famille :

La mère Charité a pour fille jumelles et inséparables patience et obéissance, pour nourrice pour ces enfants l'humilité et pour vêtement le mépris pour soi-même (547). On est quand on est obéissant et obéissant quand on est humble (562). A l’inverse, la désobéissance a sa source dans l'orgueil issu de l'amour propre (548).

 

Images liées au vêtement ou aux accessoires :

Les vanités du monde et la solution de l’obéissance.

  • Le monde comme une étoffe remplie d'épines (474). La ceinture du désir de plaire au créateur 551 ; La cordelette du mépris de soi-même pour accrocher la clé de l'obéissance (voir 546 & 550) ;

La corne c'est l'orgueil (431, … ce qui est utile pour lire l’apocalypse).

 

Images liées au cosmos et à la nature :

  • Nuage : Le nuage de l'amour-propre obscurcit l'intelligence (602) ; le nuage de soi qui nous cache la lumière, alors que nous avons besoin de connaître pour aimer, et de connaître mieux pour aimer mieux.

  • Arbre : L'arbre que nous sommes : enracinés sur le rien ou le tout ? (… déjà cité plus haut : ) le tronc du désir, les feuilles de nos paroles et les fruits de nos actes.

  • Les voiles et le navire : Il faut prier et tendre ses voiles et s'en remettre à Dieu qui nous mènera à bon port. La vie religieuse est l’œuvre du St Esprit comme nef pour les chercheurs de perfection (558) : on y entre comme morte d'obéissance quand le saint désir et la sainte haine ont grandi (558-9). La vertu exercée dans la persévérance obtient le salut (559) et si la pauvreté est réelle et l'obéissance totale Dieu pourvoie (560) ;

  • La mer : Dieu comme océan de paix (594) : le Père comme mer pacifique ; l’obéissance comme navire avec la croix pour nef (552). Le Fils comme porte vers la mer (438), mer dans laquelle chacun jouit de son lot et jubile avec l'autre (521) 

 

5. Fioretto final.

 

Catherine avait choisi de soigner celle que plus personne ne voulait toucher ou approcher. Forte des soins prodigués par Catherine cette patiente s’enorgueillit et commence à calomnier Catherine envers tous. Catherine ne dit rien malgré la fragilité de la réputation des vierges et elle continue ses soins. Un jour prise de dégoût est prête à vomir en nettoyant cette énorme plaie pleine de plus, elle est résolue à aller au-delà de la chair et d’appliquer son visage contre la plaie et puis même un autre jour lorsque le dégoût revint, elle se décida à boire ce breuvage de pus. Alors qu’elle avait découvert avec son visage collé à la plaie une senteur, un parfum, le contraire de ce qui devait être ressenti ; en buvant ce breuvage infect, elle lui découvrit une douceur insensée, incompréhensible, et Jésus lui dit : « puisque tu as lutté contre ta chair, eh bien je te donnerai de ce breuvage et il lui donna avoir la plaie de son côté ». Catherine put se passer de nourriture et obtint une grâce plus extraordinaire encore, celle d’être capable de contempler dans chaque personne qui venait à elle l’état spirituel dans laquelle se trouvait cette personne. À tel point qu’un jour elle dit au pape Grégoire combien de Vatican empestait. Les plus petits de ce monde -dont nous reconnaissons souvent l’odeur fétide de ceux qui dorment dehors- avait la bonne odeur du Christ alors que les princes de l’Eglise étaient empuantis par le péché. Catherine avait le nez de l’âme. Seigneur pardonnez-nous de sortir si mauvais. Pardonnez-nous notre lâcheté pardonnez-nous nos dégoûts alors que -comme les violents qui s’emparent du Royaume- nous devrions courir contre notre chair pour te servir dans ce qui nous effraie et nous dégoûte.

 

6. Prière de Catherine à la Trinité.

 

Qu’on la trouve en p.599 du livre des dialogues ou en p.354 de la biographie de Raymond de Capoue, je vous propose de terminer par cette belle et longue prière à laquelle Catherine nous a associés à l’avance, dans la demande et dans les grâces.

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

À l'affiche

Ephrem le poète-théologien

09/06/2019

1/10
Please reload

Posts récents

20/05/2019

13/12/2018

08/10/2018

Please reload

Me suivre sur
  • Facebook Long Shadow
  • Twitter Long Shadow
  • YouTube Long Shadow
  • Instagram Long Shadow
Mes blogs préférés
Par tags
Please reload