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Bloy mystique? Pas trop de doute. Laissons-lui la parole :

"En réalité le mysticisme est l’activité suprême et les mystiques sont les vrais clairvoyants de l’humanité. Tous les esprits dominateurs, tous ceux-là qui ont eu la puissance de traîner après eux dans les sillons de la terre le troupeau d’eunuques et de décapités qui s’appellent le genre humain, tous les héros de l’épée, de la croix ou de la pensée, tous ont été des mystiques en quelque manière, et cette manière de mysticisme, que l’on déshonore aujourd’hui du nom de superstition, était en eux comme une vibration prolongée du fiat créateur et répondait à cet éternel appétit de majesté qui se bâtit des solitudes dans les grandes âmes, comme les pharaons se bâtissaient des sépultures dans l’immensité des déserts.

Le monde des âmes appartient donc aux mystiques, comme le royaume des cieux appartient aux lamentables, dit l’évangile. Les mystiques seuls y peuvent entrer et plonger dans ses profondeurs leurs regard tranquilles et victorieux. Les autres font de la botanique et de la géologie devant la porte et s’enivrent de soleil et de philosophie positive en crucifiant les superstitieux."

Et voici sa vision du paradis qui suit:

"Pour ceux-là quel spectacle ! Une infinie multitude d’âmes montant et descendant sans cesse, descendant surtout et beaucoup plus bas que par terre. Vision prodigieusement agrandie de cette mystérieuse échelle de Jacob plantée sur tous les siècles et qui, je crois, et le symbole de toutes les grandes choses spirituelles. Vision au-delà des sens et cependant distincte, nette et actuelle ! Les yeux ardents des mystiques contemplent au-dessus du monde visible, au-dessous de lui, en lui, circulairement à lui, pour l’étouffer ou pour le dévorer, le monde des âmes 10 000 fois plus imposant et plus redoutable, avec sa hiérarchie dont l’autre est à peine une ombre, avec ses rois, ses pontifes, ses magistrats, ses aristocrates, ses bourreaux, son peuple et sa canaille. On monte, on descend, on s’arrête, on tombe. Il n’y a que ces quatre opérations comme dans la vie sociale, avec cette différence que, dans ce monde-là, chacune d’elle a des suites et des retentissements infinis et prodigieux. (Ch 151-152)"

Et encore:

"Ce paradis sans doute c’est la belle dame elle-même, mais cela c’est trop facile. Autant proclamer l’identité de Dieu avec l’un ou l’autre de ses attributs. Le fond du paradis ou de l’idée de paradis, c’est l’union à Dieu dès la vie présente, c’est-à-dire la détresse infinie du cœur de l’homme, et l’union à Dieu dans la vie future, c’est-à-dire la béatitude. Le mode en est infiniment inconnu et indevinable, mais on peut, jusqu’à un certain point, contenter l’esprit par l’hypothèse fort plausible d’une ascension éternelle, ascension sans fin dans la foi, dans l’espérance, dans l’amour. Contradictions ineffable ! On croira de plus en plus, sachant qu’on ne comprendra jamais ; on espérera de plus en plus, assuré de ne jamais atteindre ; on aimera de plus en plus ce qui ne peut jamais être possédé. Il est bien entendu que je m’exprime comme un impuissant. Secundum hominem dico (Gal3,15). L’union à Dieu est certainement réalisée par les saints, dès la vie présente, est parfaitement consommé, aussitôt après leur naissance à l’autre vie, mais cela ne leur suffit pas et cela ne suffit pas à Dieu. L’union la plus intime n’est pas assez, il faut l’identification qui ne sera elle-même jamais assez, en sorte que la béatitude ne peut être conçue ou imaginée que comme une ascension toujours plus vive, plus impétueuse, plus foudroyante, non pas vers Dieu mais en Dieu, en l’essence même de l’incirconscrit. Ouragan théologal sans fin ni trêve que l’église, parlant à des hommes, est forcée de nommer Requies Etarnae ! La foule déchaînée des saints est comparable à une immense armée de tempêtes, se ruant à Dieu avec une véhémence capable de déraciner les nébuleuses, et cela pendant toute l’éternité… les rêveries astronomiques peuvent-elles, ici, être utilisées ? L’inconcevable énormité des chiffres chargés de signifier les effrayantes hyperboles de la distance ou de la vitesse aideraient tout au plus à entrevoir l’impossibilité de comprendre ce que Dieu a préparé à ceux qu’il aime (1Co2,9. On pourrait même dire, lorsqu’il s’agit de l’infini et de l’éternel, qu’il doit y avoir une accélération continuelle de chaque torrent analogue à l’étourdissante multiplication de la pesanteur des corps tombants. Idée plausible et bien simple à présenter aux théoriciens de l’immobilité béatifique. Une mystique paralysée qu’encourage une imagerie fort abjecte localise les saints dans l’attitude hiératique promulguée par les instituts, sous l’auréole immuable que ne déplacera jamais aucun souffle et parmi l’or ou l’argent des ustensiles de piété que ne rongera la rouille ni les vers. Car telle est l’idée que peuvent se former du paradis et de la félicité des saints, des catholiques engendrés, le siècle dernier, par les acéphales échappés à la guillotine. Mais combien vaines, lamentablement infirmes, sont les analogies littéraires ou conjectures métaphysiques d’un pauvre écrivain penché sur l’insondable et nobtenant pas même l’énergie d’intuition qu’il faudrait pour discerner, un instant, au risque de mourir d’effroi, le vertigineux abîme de l’inintelligence contemporaine ! Requiem aeternum dona eis, Domine, c’est-à-dire : Donnez à ses âmes, Seigneur, d’entrer dans la bataille infinie ou chacune d’elles, comme une cataracte retournée, vous assiégera éternellement. Une chère âme pieuse demandait ceci : dans cet ascension universelle, que deviendront les médiocres, les pauvres hommes qui, n’ayant rien fait pour Dieu en ce monde, auront été, néanmoins, sauvés par l’effet d’une rencontre ineffable de la justice de la gloire ? Que deviendront-ils, ceux qui, ayant aimé les belles choses de la terre, la poésie, l’art, la guerre, la volupté même, se trouveront tout à coup face à face avec l’Absolu, n’ayant rien préparé pour leur passage, mais sauvés quand même, les mains vides ? Il leur faudra donc, sous peine d’inanition éternelle, réaliser aussitôt et absolument tout ce qui leur manque, et la Sagesse y a pourvu. La beauté, devenu un vautour, emportera sans fin, pour les dévorer toujours, ceux qui l’auront vraiment aimé ce sous une apparence quelconque. Assurément il en sera tout aussi et plus d’un poète s’étonnera d’avoir été, à son insu, tellement l’ami de Dieu. Mais faudra-t-il, à cause des commandements inobservés, qu’ils soient confondus avec les médiocres ? Cette punition serait énorme et la pensée on est monstrueuse. La vérité, infiniment probable, c’est que les uns et les autres prendront d’eux-mêmes l’étage qui leur convient, avec un discernement admirable. Et alors, ce sera un firmament de splendeurs différenciées, inimaginable. Les saints monteront vers Dieu comme la foudre en la supposant multipliée par elle-même, à chaque seconde, pendant les siècles des siècles, leur charité grandissant toujours, en même temps que leur éclat, astres indicibles que suivront énormément de loin ceux qui n’auront connu que la face de Jésus-Christ et qui auront ignoré son cœur. Pour ce qui est des autres, des pauvres chrétiens dits pratiquants, observateurs de la lettre facile, mais non pervers et capable d’une certaine générosité, ils suivront à leur tour, n’étant pas perdus, à des milliards de chevauchées d’éclairs, ayant préalablement payé leur place d’un inexprimable prix, joyeux tout de même-infiniment plus que ne pourraient dire les plus rares lexique du bonheur-et joyeux précisément de la gloire incomparable de leurs aînés, joyeux dans la profondeur et dans l’étendue, joyeux comme le Seigneur quand il acheva de créer le monde ! Et tous, je l’ai dit, monteront ensemble comme une tempête sans accalmie, La tempête bienheureuse de l’interminable fin des fins, une assomption de cataractes d’amour, et tel sera le jardin de volupté, l’indéfinissable paradis nommé dans les écritures (Ch230-4)On n’entre pas dans le paradis demain ni après-demain ni dans dix ans on y rentre aujourd’hui quand on est pauvre crucifié (Ch235)A la résurrection, disait hier notre curé, nos corps seront intégralement restitués. Oui nos corps mais pas leur difformité ou leur laideur suite du péché incompatible avec la gloire. Nous ressusciterons avec nos corps véritables, tels qu’ils furent éternellement dans la pensée divine, sans les déformations horribles de la chute, différenciés, personnalisés à l’infini, d’après le même type adorable. (Ch142)… Cette vérité que la gloire, pour les corps consiste à ne plus peser (Ch.101)On n’entre pas dans le paradis demain ni après-demain ni dans dix ans, on y entre aujourd’hui quand on est pauvre et crucifié (CH 102)"

 

 

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