• Facebook Clean Grey
  • YouTube Clean Grey

Tout ce qui n'est pas éternel n'est pas digne d'intérêt

Cinq concepts vont être utilisés pour donner une approche de la situation philosophique dans laquelle se trouve Berdiaev.

- l’objectivation

- la personne

- Dieu

- Dostoïevski

- Le Christ et l’Eglise.

I. L’Objectivation.

L’objectivation a un pouvoir corrupteur. Bergson a vu dans l’homo Faber l’homme technique, un individu au centre qui prélève des éléments, se fait une représentation du monde et entend le plier ensuite à sa représentation. Cet homme ne vit pas, il domine. Cette culture occidentale qui se dit humanisme n’a rien d’humain, elle ne fait que renvoyer au pouvoir de l’homme. Plutôt le pouvoir sur la vie que la vie elle-même, plutôt le pouvoir sur l’homme que l’homme lui-même : tout devient maîtrise. Le marquis de Sade rêvait de cet homme souverain. George Bataille avait vu dans son livre sur l’érotisme ce besoin chez Sade de soumettre le monde à sa représentation. Cela donne un discours réaliste, pragmatiste, utilitariste. Un monde parfait pour la matérialité, pour l’efficacité (quoique…) et pour mon ego. Mais c’est un monde dépourvu de sens. Cette objectivation ose s’appliquer à l’Évangile lui-même. Loin du bouleversement, de l’Extraordinaire que ces récits racontent, l’objectivation en fait une humanisation, une moralisation du religieux. Pour Berdiaev l’objectivation s’est emparée de toute la culture, à travers la notion d’être, de Dieu, d’état etc. Le « Je » a disparu, l’Emotion a disparu. Or, l’Emotion (avec un grand « e »), c’est l’absolu dans le sensible.

Cette objectivation mène à une dictature par un humanisme-ingénierie sociale. Hans Jonas par l’écologie veut créer une dictature verte. Berdiaev se sentait proche des anarchistes, des communistes par générosité, mais il comprend que leurs théories les mènent à la catastrophe. Il comprend que par l’objectivation, la socialisation, l’homme est pensé comme un être social et objectivé, une matière à façonner. Foucauld dans « les mots et les choses » a vu que le comble de l’humanisme c’est la mort de l’homme. La principale raison de cette course vers la dictature est d’avoir mis en prémisses l’homme comme sous-produit de la matière.

 

Le Christ est à l’opposé du système d’objectivation. L’expérience du religieux, c’est celle de rentrer à l’intérieur de soi-même pour y trouver le transcendant. Ce n’est pas la réalité (ou ce que nous appelons tel) qui compte mais de rentrer en soi-même.

L’humanité est confrontée à la mort par l’objectivation. Contrairement à la Résurrection qui est entrée dans la vie, surgissement de la vie et de la liberté. L’intérieur de moi-même, la communication avec le transcendant est expérience de vraie liberté. Bergson, Heidegger, Ellul (Jacques) ont compris cela. Bientôt pourtant, comme dit Schopenhauer, à force d’entendre des bêtises les oreilles ne savent plus entendre : l’athéisme pratique que nous vivons est une culture du non-divin.

II. Personne.

Plus que de personnalisme, on pourrait parler de subjectivisme chez Berdiaev. L’homme n’est pas une partie de l’univers créé, une partie de la nature…. C’est l’inverse : la nature est une partie de l’homme. La personne englobe tout. La réalité est fondamentalement une subjectivité, la matière est symbolisation de cette subjectivité. Si l’homme n’était qu’un sous-produit de la matière avec un peu de vie, il n’y aurait qu’une conséquence possible, la mort.. Mais l’expérience de toute personne est de comprendre que l’Esprit est supérieur à l’homme qui est supérieur à la vie qui est supérieure à la matière. Il faut donc placer l’homme au centre de tout.

Attention à un faux anthropocentrisme à la manière de l’humanisme, de l’humanitaire, des ONG etc qui sont une nouvelle ingénierie sociale où l’homme est façonné par l’homme.

On trouve certains des éléments de la philosophie personnaliste de Berdiaev chez Pascal. Pascal comprend que l’univers n’est pas compréhensible sans conscience pour le comprendre. (Sartre essaie de penser la personne mais s’est totalement trompé). L’univers c’est l’univers + la conscience de l’univers. L’homme est bien au centre de l’univers puisque la terre est dans le seule position possible pour permettre la vie dans le système solaire, soit une probabilité infinitésimale d’avoir cette position. La vision de Berdiaev est ontologique.

II.2. Expérience de la conscience.

Chez Berdiaev elle est englobante. Face au monde l’homme est dans un triptyque qui comprend l’univers, l’homme et la conscience de l’univers, cette conscience présuppose une conscience de cette conscience (sinon quelle possibilité de conscience ?). Chez Pascal déjà toute la dignité de l’Homme résidait dans le fait de penser. Se développe ainsi toute une théorie de la réalité qui est une action de grâce de pouvoir contempler.

II.3. La vie.

Déjà Bergson dans l’évolution créatrice voyait la clé de la nature dans la vie intérieure. Je passe de l’extérieur à l’intérieur quand je fais vivre une sensation. Mon principe vital de vie intérieure m’amène à démultiplier cette sensation, comme la vie ou le 1 (cellule) devient 2 etc. Le temps, ou la durée, n’est qu’une succession de changements. L’expérience de la communion est cet espace où tout s’interpénètre, où la vie devient infinie. Ce monde « éthique », ce monde de la création, de la liberté. Berdiaev écrit un essai d’éthique paradoxale à partir de cette expérience de la communion, l’essence même de la vie. C’est en cela que toute la réalité se trouve dans la personne.

III. Dieu.

Berdiaev utilise le néant pour comprendre Dieu. Dans un monde selon Leibnitz tout peut se construire à partir d’éléments simples et de comparaison/hiérarchie entre ces éléments. Ce qui est meilleur est supérieur, ce qui est supérieur est meilleur. Le non-être est inférieur à l’être, l’existant à ce qui n’existe pas. Je déduis l’existence de ce qu’il vaut mieux exister que de ne pas exister et je continue de construire à partir du principe du meilleur. Le progrès devient alors l’évaluation de toute chose. Cette métaphysique du progrès permet de tout rationnaliser. Mais si ce principe triomphe, Dieu devient un sous-produit de ce principe… et il est mort. Il n’est qu’un objet de la pensée Leibnizienne, d’où la pertinence de la critique Nietzschéenne. 

Berdiaev va lui utiliser le principe du Néant. C’est Maître Eckhart et l’expérience du néant avec laquelle il se sentira le plus proche dans l’approche religieuse. Mon oraison me fait découvrir cet Extraordinaire qui me dépasse, qui me dépouille. Je deviens néant sans savoir… et je commence enfin à comprendre quelque chose de la réalité. Acceptant par la docte ignorance (tout comme Socrate, Denys l’Aréopagite et Nicolas de Cues), dépouillé de tout, je peux enfin avoir un début de perception de la réalité : l’impossibilité de s’en faire une idée. Je rencontre Dieu dans ma route et je suis dérouté. L’expérience philosophique est une expérience de liberté : j’avance quand je me dépouille, je me débarrasse de l’inutile. Je rencontre alors Dieu dans le génie de l’existence. Antoine du désert vend tous ses biens et expérimente alors la surexistence.

Un infini d’existence me fait exister. Le monde n’est pas fermé. Cette ouverture infinie se déploie quand je me dépouille et que je découvre l’existence ouverte.

III,2. L’Urgrund.

Domaine sans fond, le sans-limite de Me Eckhart. 

IV. Dostoïevski.

Freud a préfacé les frères Karamazov car Dostoïevski avait compris les implications du meurtre du père. La tentative est racontée à travers nos quatre (anti-évangélistes) fils. Le meurtre de l’autorité a un coût moral mais aussi en investissement de liberté (« si Dieu est mort tout est permis »). Or les hommes sont incapables de liberté. Ils n’en veulent pas. Ivan Karamazov explique à Aliocha la légende du grand inquisiteur qui discourt devant un Jésus muet et termine avec « Ne reviens jamais ». Il n’est pas question dans cette vision de l’Eglise romaine de laisser la liberté aux brebis catholiques qui n’en veulent pas. Plus largement, Berdiaev y voit des hommes qu’on veut voir comme incapables de Dieu, qui ne peuvent vivre sans l’objectivation. L’inquisiteur (et cette société) peut dire « nous allons rendre l’humanité heureuse. Elle pourra même pécher avec nous ».

La souffrance n’est pas la clé, c’est la liberté qui est la clé. Il faut porter le mystère de la liberté à travers l’histoire.

L’épreuve métaphysique, c’est le refus de l’homme au nom de la maîtrise. Le Christ ensanglanté d’Holbein est rejeté par l’idiot de Dostoïevski. Or c’est le grand inquisiteur qui parle de l’humain.

V. l’Évangile.

Le Christ est liberté. Il vient annoncer l’homme intérieur. La religion est attention, une vie totalement présente à la vie comme dit Simone Weil. Pour revenir à notre introduction à propos de la dictature verte de Hans Jonas, la planète est en danger non à cause de l’extérieur de l’homme, mais parce que le cœur de l’homme est malade. Berdiaev pense un monde libre créatif. Le monde a besoin de création, d’une morale créatrice et novatrice.

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

À l'affiche

Ephrem le poète-théologien

09/06/2019

1/10
Please reload

Posts récents

20/05/2019

13/12/2018

08/10/2018

Please reload

Me suivre sur
  • Facebook Long Shadow
  • Twitter Long Shadow
  • YouTube Long Shadow
  • Instagram Long Shadow
Mes blogs préférés
Par tags
Please reload